Blog littéraire, artistique de Pascal Lamachère

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dimanche, octobre 10 2010

Vos écrits, poème du jour – Vos annonces littéraires, artistiques, sorties de romans, manifestations, concerts…


Vous pou­vez tou­jours par­ti­ci­per aux jeux d’écri­ture, aux ate­liers (ré)créa­tifs, envoyer un poème pour la “rubri­que” poème du jour, à lire ci-après direc­te­ment sur ce blog (ser­vice lié et publié sur dif­fé­rents sites, via script), mais pour ceux qui veu­lent par­ta­ger plu­sieurs poè­mes, leurs envo­lées lyri­ques, si vous vou­lez recueillir des avis sur vos his­toi­res, vos con­tes, nou­vel­les, faire lire vos fan­fics, romans, vos écrits, vos arti­cles, vos dif­fé­rents tex­tes, faire dégus­ter vos créa­tions (pho­tos, pein­tu­res, des­sins, musi­ques, chan­sons…), publier une petite annonce con­cer­nant votre ren­trée lit­té­raire, votre actua­lité artis­ti­que, par­ler d’un évé­ne­ment que vous orga­ni­sez ou auquel vous par­ti­ci­pez, d’un con­cert, d’une expo­si­tion…, si, en tant que lec­teur, lec­trice, admi­ra­teur, admi­ra­trice, ama­teur, ama­trice, vous vou­lez effeuiller, plon­ger dans l’âme d’autres poè­tes, décou­vrir l’uni­vers d’autres auteurs, lire d’autres plu­mes, con­teurs, écri­vains, roman­ciers, jour­na­lis­tes…, je vous donne ren­dez-vous sur le forum lit­té­raire, artis­ti­que, géné­ra­liste, lié à ce blog :

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@ pelu­che sur cette rive

jeudi, juin 17 2010

Roman à suivre 'Les pages déchirées' - Suite 7 (partie 8)





Greendle est dere­chef sub­mergé par une émo­tion para­ly­sante. Le nain infer­nal tré­pi­gne, se met ensuite à cou­rir autour, comme s’il vou­lait jouer avec sa poten­tielle proie, crée des volu­tes de fumée, se rap­pro­che petit à petit, un air de plus en plus féroce. Le rêveur se con­cen­tre et…

- And ?… Même pas peur ! lance-t-il, sur un ton faus­se­ment mali­cieux, tout en don­nant un coup de pied en direc­tion de l’assaillant.

- Oh oh oh ! You’re game over ! Assène le dia­blo­tin, qui l’évite sans mal.

Mal­gré l’annonce pro­phé­ti­que de fin immi­nente, l’humain se met en posi­tion de boxeur, prêt à com­bat­tre… mais fuit, le bat­te­ment de coeur sui­vant, prend les jam­bes à son cou, pres­que lit­té­ra­le­ment, le bras gau­che tendu en arrière, la paume face à l’adver­saire, comme s’il pou­vait ainsi le stop­per, le gar­der à dis­tance.

- Par la lumière lumi­neuse, que tu sois ren­voyé dans les lim­bes, démon… Par la lumière lumi­neuse…

Le malin, qui avait ricané à la vue de la drôle de posi­tion guer­rière de l’apprenti boxeur, rugit à ces mots et se rue sur le fuyard. Arrivé à por­tée d’action, il émet des gro­gne­ments, sans tou­te­fois atta­quer, sans jouer de sa four­che, recu­lant même.


Un flash imma­culé plus tard… Greendle cli­gnait des yeux. Il lui sem­bla enten­dre un gro­gne­ment, un écho réel à l’irréel. L’anglais se retourna sur le côté, la tête vers les volets. Vu l’absence de lumière natu­relle dans leurs com­mis­su­res, il se dit qu’il pou­vait se ren­dor­mir et referma les yeux. Trou­blé par le cau­che­mar, il resta néan­moins un bon quart d’heure à les gar­der clos mais son esprit éveillé, se ras­sé­ré­nant, cher­chant la paix. Avant de glis­ser vers le repos, il riait pres­que, à la remé­mo­ra­tion de sa pseudo incan­ta­tion.

- Par la lumière lumi­neuse ? N’importe quoi… se repro­cha Greendle.

… Lors­que Mozart, par radio­ré­veil inter­posé, le rap­pela dans sa cham­bre et à ses impé­ra­tifs humains, gri-gri avait pres­que oublié le rêve étrange avec le dia­blo­tin. Un autre avait pris la place. Mais au moment de tout écrire, sur la table à man­ger, une tasse de thé et des oeufs au bacon à droite de son cale­pin à rêves, de la seconde salve d’esca­pa­des dans l’uni­vers impal­pa­ble, le réveillé ne retint que deux phra­ses, pro­non­cées à la fin - « Je vais pren­dre ces deux livres » et « des ciseaux, il me faut des ciseaux, vite ! » -, et un vague décor d’appar­te­ment chic, un esca­lier, une per­sonne croi­sée, du moins lui sem­bla-t-il. En ten­tant de tout revi­si­ter, dans sa phase intros­pec­tive, son pre­mier rêve lui revint comme une vague se refor­mant après s’être échouée et empor­tant au large avec un force accrue, comme un coup de poing dans un ven­tre ramolli par trop de con­fiance, dénué de réflexes, comme une balle reti­rée en élar­gis­sant le trou dans la chair, comme… Bref, il se sou­vint du rêve et se sen­tit plus trou­blé qu’il ne l’avait été pen­dant et juste après l’avoir vécu. Le pud­ding exporté secoua la tête, posa sa plume, but quel­ques gor­gées de thé, se sus­tenta puis alla médi­ter un bout, à la fenê­tre.

Greendle porta son regard sur les fenê­tres des bâti­ments voi­sins, sur les pas­sants, sur les voi­tu­res… et enfin sur le ciel grisé de nua­ges. En les zyeu­tant, quel­ques vers vin­rent natu­rel­le­ment se for­mer dans son esprit, et il en vint à une con­clu­sion : le rêve avait réveillé l’écor­ché vif qui som­no­lait en lui. Il res­sen­tit le besoin, l’envie d’éva­cuer, de se lais­ser aller sur le papier, dans une écri­ture quasi auto­ma­ti­que. Il alluma son ordi­na­teur, mit le cd Dan­ge­rous de Michael Jack­son et reprit la plume. Après avoir encré le cahier à rêves de la source de son trou­ble, il gratta des pages d’un autre, plus grand et plus volu­mi­neux, con­sa­cré au scri­bouillage d’his­toi­res pen­sées dans la jour­née, hors du lit, hors de Mor­phée.

[…] Je regarde,
Des yeux clos du béton
S’ouvrir à une nou­velle aube ;
Des flam­mes d’autres, déjà éveillés,
Par­cou­rir le che­min de la vie.

Je regarde,
Le cours passé ;
Du temps où j’errais dans la brume,
Entre ombre et lumière,
En lévi­ta­tion,
À mi-che­min des abî­mes et de la terre.

Je regarde,
Le côté du fleuve où je regar­dais…
Le cris­tal de mes pen­sées,
Le froid causé par l’absence de soleil,
Les étoi­les filan­tes qui m’ont pres­que fait cha­vi­rer ;
Dos à la source du Hors Temps.

Je regarde,
Les four­mis moto­ri­sées,
Sous les nua­ges qui nous entou­rent ;
Som­bres nuées,
Des mon­ta­gnes s’élè­vent,
Aci­des,
Les tri­pes m’en tom­bent.

Je regarde,
Une décen­nie d’hor­reurs et de mer­veilles,
De dou­leurs et de dou­ceurs,
De tou­tes les cou­leurs,
L’arc-en-ciel de l’His­toire,
D’aven­tu­res humai­nes
Lumi­neu­ses et obs­cu­res ;
Monde ren­ver­sant,
Comme la tête en bas d’un nou­veau né,
Cruel ou doux, sui­vant l’étoile
Et la bulle pro­tec­trice
Qui s’immisce.

Je regarde,
Ce monde rem­plit d’injus­ti­ces
Qui me font sup­plice ;
Le malin qui assaille,
Se gausse,
Tente de per­cer
Avec sa noir­ceur,
Reste l’espoir bridé.

Je regarde,
Des yeux clos du béton
S’ouvrir à une nou­velle aube ;
Des flam­mes d’autres, déjà éveillés,
Par­cou­rir le che­min de la vie.

Je regarde
La mélo­die divine rico­cher sur les astres,
S’épan­dre vers les sans armure,
Vers la rive des mon­des incar­nés et désin­car­nés ;
Je regarde
Le coeur qui bat la cha­made,
L’ombre s’enfuir…
Et la lumière fut ?
Et la lumière fut…

[…]


Lorsqu’il eut fini, le poète hésita à déchi­rer les pages qu’il venait de noir­cir. Un peu par insa­tis­fac­tion, un peu parce qu’il vou­lait lais­ser s’envo­ler, sym­bo­li­que­ment, les ondes cap­tu­rées, un peu… parce qu’il ne savait trop pour­quoi, il sen­tait que c’était dans l’élan, la suite logi­que. Mais il n’en fit rien. Ses pen­sées se tour­nè­rent vers Liloo, il hési­tait à lui envoyer. L’anglais avait peur qu’elle le juge mal, mal­gré la con­fiance qu’il avait en elle. Il regarda l’heure. Il n’avait plus trop le temps de lui écrire le texte poé­ti­que, ni de lui faire part de la bonne nou­velle sur le con­cert. Il lui écri­rait le soir venu…

Entre cet ins­tant et celui où il se trouva à rédi­ger le mail à des­ti­na­tion de son amie, dans la pénom­bre d’un crois­sant de lune, Greendle eut une jour­née trou­blante, dans la con­ti­nuité de son intros­pec­tion amor­cée au réveil…

Peu après avoir quitté son appar­te­ment, en déam­bu­lant dans les rues tou­lou­sai­nes gri­sées par le ciel, sur le che­min des locaux du jour­nal où il devait récu­pé­rer et/ou sou­met­tre une liste de sug­ges­tions d’arti­cles, au moment où il passa devant une librai­rie, l’éveillé enten­dit :

- Je vais pren­dre ces deux livres, annonça un client, la cin­quan­taine, cau­ca­sien, barbu…

Gri-gri n’avait pas trop fait atten­tion à l’appa­rence du mon­sieur, une des deux phra­ses de fin de réveil s’étant rap­pe­lée à lui. Encore une his­toire de syn­chro­ni­cité ? Il se dit que ça com­men­çait à faire beau­coup en deux jours, et poussa un peu plus loin sa réflexion de la veille. Lorsqu’il fut arrivé à des­ti­na­tion, du moins la pre­mière, le pen­seur en était arrivé à ceci : si la phrase enten­due est une phrase qui peut être con­si­dé­rée récur­rente, que l’on peut l’enten­dre plu­sieurs fois dans un mois, pour peu qu’on soit ama­teur de livres, le fait qu’il en ait rêvé et l’ait enten­due peu après, n’est pas ano­din, ce n’est peut être pas qu’une coïn­ci­dence ; il ne s’agit pas d’une pro­phé­tie auto­réa­li­sa­trice, il n’a aucu­ne­ment été influencé, pro­vo­qué cette situa­tion parce que rêvée ; cela n’a pas tel­le­ment de sens en l’état, aucune uti­lité, il lui fau­drait d’autres preu­ves, plus de matière pour tirer une con­clu­sion. Il allait être servi.

Le ciel s’était éclairci, une légère brise chaude prin­ta­nière taqui­nait ses che­veux, quand notre pho­to­gra­phe-repor­ter arriva à sa deuxième des­ti­na­tion, un immeu­ble, à proxi­mité du croi­se­ment de la rue du Fau­bourg Bon­ne­foy et de l’ave­nue de Lavaur. Greendle s’était vu con­fier un arti­cle de fond sur un homi­cide, qui avait eu lieu la veille, en fin de soi­rée : il devait inter­vie­wer, enquê­ter, pren­dre des pho­tos… Après avoir réussi à obte­nir le droit d’entrer, quand il mit les pieds dans la demeure en bri­ques roses, posa son regard sur l’esca­lier, le réveillé eut un flash, eut l’impres­sion de vivre la scène dont il avait rêvé. Cela le tour­ne­boula quel­que peu et il fit à nou­veau mar­cher son pud­ding gris, ses neu­ro­nes : il n’a pas choisi cette des­ti­na­tion, ne pou­vait savoir qu’il y met­trait les pieds, donc là aussi, il ne l’a pas pro­vo­qué ; mais là, si le stan­ding du lieu peut cor­res­pon­dre, ce dont il s’est sou­venu du rêve est trop vague, et encore plus là où il peut se lais­ser pren­dre à le modi­fier, il peut ainsi se faire avoir par l’effet Bar­num.

Pen­dant sa réflexion, Greendle avait com­mencé à mon­ter. Lorsqu’il croisa un habi­tant de l’immeu­ble, il sor­tit de ses pen­sées, le salua et tenta une appro­che, pour une inter­view, tâter le ter­rain. Le con­tact passa bien avec Char­les, fraî­che­ment retraité, un béret sur la tête, des che­veux gri­son­nant en dépas­sant, la peau ridée comme les gens de son âge… Il obtint son sésame pour ren­con­trer d’autres rési­dants. Au moment de pren­dre congé, il enten­dit, venant du palier de l’étage du des­sus, une phrase qui para­cheva le trou­ble ini­tié au cours de la mati­née.

- Des ciseaux, il me faut des ciseaux, vite ! Char­les…, sup­plia pres­que une femme d’âge mur, la voix che­vro­tante.

Le pud­ding retourné devint livide, vacilla, posa sa main sur la ram­barde pour réta­blir l’équi­li­bre, faire arrê­ter de tan­guer les murs. Greendle en avait inquiété son inter­lo­cu­teur, qui s’enquit de sa santé. Après un « Tout va bien ! Juste un man­que de som­meil… », Char­les alla voir ce que lui vou­lait sa femme. Gri-gri ne tarda pas à retrou­ver tota­le­ment ses esprits, quoi­que ses neu­ro­nes com­men­çaient dere­chef à s’acti­ver avec un peu trop de vigueur. Il prit une grande ins­pi­ra­tion, expira le len­te­ment, et tenta de pen­ser à autre chose, de les détour­ner vers son enquête, son arti­cle, ce qu’il réus­sit, jusqu’à ce qu’il croise à nou­veau son pre­mier con­tact, en fin de mati­née. Ce der­nier s’informa sur l’avan­cée des inves­ti­ga­tions du repor­ter, eut besoin d’être encore ras­suré, d’enten­dre qu’il allait bien…

Quand Char­les retourna dans son appar­te­ment, Greendle quitta les lieux, vers son repas. En che­min, il ne cessa de repen­ser aux trop nom­breu­ses coïn­ci­den­ces, syn­chro­ni­ci­tés. L’uni­vers vou­lait-il lui envoyer un mes­sage ? Que devait-il en faire, en tirer ? Le signe était-il qu’il pou­vait, devait aider à appor­ter des preu­ves au dos­sier, en plon­geant au plus pro­fond et ten­ter de refor­mer le der­nier rêve de la nuit ? Mais com­ment pein­dre quand on est aveu­gle ? Ne trou­vant de répon­ses, l’anglais se tourna vers son intui­tion. D’édu­ca­tion angli­cane, il ne se sen­tait pas d’appar­te­nance à la con­fes­sion, n’étant pas vrai­ment croyant, plus agnos­ti­que. Mais… il eut un fris­son. Cela le remua de réa­li­ser qu’il tenait sûre­ment là une preuve que la vie est bien plus qu’une his­toire de robots géné­ti­que­ment pro­gram­més, que c’était bien plus qu’une his­toire de rêves et de situa­tions qui se répè­tent, que ce cas dépas­sait cer­tai­ne­ment le cadre de l’effet Bar­num.

L’heure du sou­pir solaire venu, après un après-midi con­sa­cré à la pour­suite de son enquête auprès des poli­ciers et tutti quanti, après un dîner en com­pa­gnie de deux col­lè­gues, de retour chez-lui, Greendle fit quel­ques recher­ches sur le net. Il tomba sur un site caté­go­ri­sant les rêves, et où il était expli­qué que les rêves pré­mo­ni­toi­res, des son­ges véri­di­ques, étaient faits pour nous aider à nous pré­pa­rer à cer­tains évé­ne­ments. Il se con­forta qu’il s’agis­sait bel et bien de ça et con­clut, aux des­crip­tions, que son rêve était de ceux qui seraient ins­pi­rés par l’ange des rêves, Cid­dî­qoûn. Notre sur­feur avait du mal à croire à son exis­tence, mais pour­quoi pas ? Et puis, même s’il ne s’était pas sou­venu de tout, même s’il n’y avait pas trouvé une uti­lité immé­diate, il se dit que son incons­cient avait tra­vaillé pour lui et que cela l’avait peut-être bien aidé, influencé d’une cer­taine manière, que cela avait éveillé sa foi, qu’il y aurait peut-être d’autres réper­cus­sions posi­ti­ves. Cepen­dant, ce qui l’émous­tilla le plus, ce qu’il retint le plus de sa pro­me­nade sur le site en ques­tion, fut l’expli­ca­tion, la théo­rie sur l’ori­gine de ses der­niers cau­che­mars, le fait que ses rêves en rap­port avec la dia­blo­tin pou­vaient être des rêves exu­toi­res, des rêves ins­pi­rés par des djinns ou par le dia­ble et com­pa­gnie, et qu’il ne devait pas y accor­der d’impor­tance, les igno­rer, quand revenu dans l’incarné.

Appro­chant l’ins­tant de la glis­sade vers les rêves, à la lueur du crois­sant lunaire, et de l’écran de son ordi­na­teur, Greendle se sen­tit apaisé, ins­piré. Il reprit son cahier d’his­toi­res, cla­viarda le poème, l’amé­lio­rant au pas­sage, et ajouta un petit mot à l’atten­tion de Liloo. Une fois envoyé, il ferma les volets, et alla se cou­cher… De cette nuit qui sui­vit, bien qu’il eut observé les con­seils du site pour rêver au mieux, chas­ser cer­tains son­ges pou­bel­les, il ne se sou­vint de rien, juste l’impres­sion d’avoir fait de jolis rêves. Tou­te­fois, l’anglais se réveilla d’humeur badine, taquine, la sen­sa­tion d’avoir un esprit malin en lui, d’être légè­re­ment dif­fé­rent, grisé par un humour étrange qui lui donna envie de tout pren­dre à la déri­sion.

à sui­vre / to be con­ti­nued

© Pas­cal Lama­chère – juin 2010


Note : Étant donné les mises à jour spo­ra­di­ques, que je ne sais pas quand je par­ta­ge­rai à nou­veau un texte, pos­te­rai un nou­veau mes­sage, si vous vou­lez être tenu(e) au cou­rant, si vous êtes ins­crit(e) sur Face­book, vous pou­vez uti­li­ser le ser­vice :

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samedi, septembre 5 2009

Project Chaos - Histoire humoristique à suivre


Yope !

J’ai repris un scri­bouillage qui date un peu pour, je l’espère, le plai­sir de vos zygo­ma­ti­ques. A pren­dre au second, troi­sième… au degré que vous vou­drez. Atten­tion cepen­dant, mal­gré l’air autom­nal, au pre­mier et au-delà du mil­lième degré de lec­ture, un effet secon­daire peut pro­vo­quer une flam­bée des pages ou de l’écran et des brû­lu­res néces­si­tant une lec­ture kaf­kaïenne som­bre qui fera bais­ser la tem­pé­ra­ture.

Te voilà pré­venu fidèle (ou pas) lec­teur/lec­trice ! Ainsi, l’auteur décline toute res­pon­sa­bi­lité quant aux effets secon­dai­res de l’his­toire qui va sui­vre, d’autant plus qu’il ne sait pas encore tout ce qu’elle va con­te­nir…

Bonne lec­ture sourire

@ votre bon vou­loir !

Pro­ject chaos

Lais­sez-moi vous con­ter une his­toire, celle d’un auteur muet qui se « démue­tise »…

« Pour­rais-tu m’aider à te dépous­sié­rer, Plume ?! »

A la plume d’envo­ler : « Je ne subie pas les affres de l’immo­bi­lité de l’air, mon cher. C’est ta main qui est vide de moi ! »

« Mais… je… c’est parce que… je… l’encre… mes his­toi­res se sont immo­bi­li­sées dans ses gelu­res et sa séche­resse ! »

A l’encre sang, enfermé dans une vaste caverne, de se mani­fes­ter : « Hmm… Hmmm…. HMM ?!! Hey, oh ! Tu veux que je te tache de mes arcs-en-ciel ?! Tu t’es vu quand tu « silen­ces » ?! Si mon antre n’avait pas été obturé par la cris­tal­li­sa­tion de tes flux, les relents de tes son­ge­ries, de tes sali­nes refou­lées, je t’aurais même bariolé les pla­ges céles­tes du fin fond de l’uni­vers ! »

« Euh… même pas cap ! »

Dans le noir le… pres­que plus com­plet, l’encre acheva le tra­vail com­mencé, celui de per­cer les parois de sel pour dégou­li­ner et jaillir sou­dai­ne­ment sur les inters­ti­ces de son con­te­nant…

Dis­sol­vant petit à petit la for­tune cachée, des gout­tes s’unir pour for­mer des bul­les, les bul­les sui­vi­rent le cou­rant de lumière pour s’envo­ler dans l’hori­zon stel­laire…

« Hey ! Ne par­tez pas tou­tes ! J’ai besoin de vous ! »

A la plume de se rap­pro­cher de la main : « Sui­vons-les ! »

« Mais… je ne sais pas voler ! »

La plume tirant la main : « Tu sais me sai­sir avec doigté et me faire dan­ser des pay­sa­ges let­trés par un mou­ve­ment qui s’appelle écrire ! Non ?! »

« … »

Aus­si­tôt dit…

Une goutte d’encre se posa sur la face cachée de la lune, ou plu­tôt tomba au creux des babi­nes d’un chat pas comme ses con­frè­res ter­riens. Ce chat, Frip­pon, avait les pat­tes sur la cour­ti­sane de la terre. Mais… même si cela pour­rait être un sujet de débat pas­sion­nant pour les émi­nents astro­no­mes, bio­lo­gis­tes, éty­mo­lo­gis­tes et com­pa­gnie… ce n’était peut-être pas là sa plus mar­quante « curio­sité ». En effet, au-delà du fait qu’il n’avait pas de sca­phan­dre, de tenue spa­tiale, il était tout sim­ple­ment trans­lu­cide. Un œil humain aguer­rit n’arri­ve­rait à dis­tin­guer sa forme… qu’à moins d’une dizaine de mètres.

Bref, ce Frip­pon n’était autre que le roi des chats de la Voie lac­tée – il faut dire qu’il n’y en avait pas d’autre sur les autres pla­nè­tes de la galaxie – et alors que venait le visi­ter le roi Soleil, il res­tait le plus clair de son temps assis sur son trône lunaire situé au milieu de la face cachée de nos miret­tes ter­rien­nes. Com­ment fai­sait-il pour régner sur le royaume des chats qui nous entou­rent ? Bonne ques­tion ! La réponse dans un autre cha­pi­tre, si les bul­les d’encre le veu­lent bien. En « par­lant » d’elles… 

Pen­dant sa toi­lette, le gros matou se bar­bouilla quel­ques poils avant de fina­le­ment ingur­gi­ter toute la goutte, sans que sa trans­lu­ci­dité n’en soit alté­rée. Pas de quoi en faire un roman, juste de retrans­crire quel­ques paro­les échan­gées entre lui et Soleil devant la toile miri­fi­que de l’océan d’en haut où évo­lue une cohorte incon­nue :

« Miaou… Tu me grilles une fée de serre ? »

« Encore ? Tu sais, il n’en reste plus beau­coup ! Leur espèce est en voie d’extinc­tion, et je dois les griller plus long­temps pour faire dis­pa­raî­tre la pol­lu­tion de leur chair. »

« Miaaaooou ! »

« Une der­nière alors ! »

Etait-ce la cause du réchauf­fe­ment pla­né­taire ? Notre « ami » n’eut le temps « d’orai­son­ner » en son for inté­rieur : sur terre, non loin d’un vol­can endormi, une autre bulle d’encre happa son atten­tion…

(23 mars 2007)

La bulle était en train de se fon­dre dans toute la zone, deve­nant d’abord une micro­sco­pi­que cou­che, puis rejoi­gnant petit à petit les rangs de l’ato­mi­que…

« Du silence
Un jour je suis né…
Et…
Après quel­ques explo­sions…
J’y suis retourné… »

Sem­blait vou­loir dire les stig­ma­tes de la défunte acti­vité du vol­can.

En tachant les êtres vivants, en se mélan­geant aux eaux des sour­ces, des riviè­res et des lacs, en s’incrus­tant dans les pier­res, en s’impré­gnant des tra­ces, en « mour­rant pour y revi­vre » sous une autre forme, la pous­sière d’encre fit res­sor­tir une tran­che d’his­toire du lieu : suite à leurs « bour­des » répé­ti­ti­ves, les lutins - qui s’étaient occu­pés de la plom­be­rie, des tuyaux, de la chauf­fe­rie au fond du cra­tère - avaient été mis au chô­mage. Tech­ni­que ou virés ? Per­sonne ne put le dévoi­ler. Ce qui fut avéré, c’est qu’il n’y avait plus de tra­vail pour eux sur le lieu : à cause de leur der­nière « négli­gence », le plus gros des relents de l’enfer à régu­ler sur le site avait souillé la nature et il ne res­tait donc plus rien à con­te­nir, plus rien avant des mil­lé­nai­res. Ceci expli­quait le rela­tif calme. Rela­tif, car non loin du vol­can, dans une masure en lisière de la forêt cir­cu­laire, un homme vivait reclus, se cachait, aidé par le clan des fées Méri­des…

« … Qu’est-ce que des fées Méri­des ? » demanda l’auteur à sa plume.

« … Je t’en pose des ques­tions ? » fré­mit la plume dans l’air.

« … Ben, j’y répon­drais avec plai­sir ! » rétor­qua-t-il avec ses doigts.

« … Laisse cou­ler l’his­toire et tu auras ta réponse… » con­clut la plume qui s’imbiba des ato­mes d’encre pour s’ancrer à une nou­velle page…

Repre­nons le cours de notre tran­che d’his­toire…

… Dans une pièce qua­si­ment vide, l’homme était assis devant une vieille table de bois. Il pou­vait sem­bler se rap­pro­cher de la cin­quan­taine avec quel­ques che­veux gri­son­nants, des joues légè­re­ment fri­pées, des pro­fon­des rides mon­tant légè­re­ment vers le haut, comme si il avait fait trop de clins d’œil, un nez pou­vant être qua­li­fié de pif, des peti­tes oreilles aux lobes légè­re­ment poin­tus, un cou mus­clé, des épau­les lar­ges cou­ver­tes de « vête­ments com­muns », « com­muns » pour des êtres d’une autre dimen­sion. Non que l’homme n’était pas ter­rien, il n’était juste pas « humain », pas de notre dimen­sion…
Mais ce n’est pas uni­que­ment pour cela que les fées Méri­des l’aidaient à se cacher, voi­laient son exis­tence, le ren­daient plus ou moins invi­si­ble à tous, tou­tes dimen­sions con­fon­dues. Si par le pou­voir qui leur est con­féré, ces fées peu­vent à loi­sir vous inclure au cycle de la ronde ou vous en extraire, un peu comme si elles avaient le pou­voir de faire le cas­ting de la des­tiné, du calen­drier de la terre, elles pren­nent leurs ordres « d’en haut » et avaient pour mis­sion de pro­té­ger cet être, ce qui pas­sait par le « cacher ». Seule la fon­due, la sorte de déma­té­ria­li­sa­tion de la bulle a pu faire la « lumière » des­sus…
L’homme posa sa plume, ramena ses bras recou­verts de rien sur le bord de la table, se leva d’un bond, et dans sa tenue com­po­sée de « vête­ments com­muns » qui ne sont autre que sa nudité, sa tenue d’Adam, il con­tem­pla un ins­tant la let­tre qu’il venait d’écrire. Elle était des­ti­née à ses pro­tec­teurs, au con­seil de la fée­rie. Il leur expri­mait toute sa gra­ti­tude pour leur rela­tive aide, tout en leur deman­dant de lui per­met­tre de retour­ner d’où il venait, afin qu’il puisse agir d’une manière ou d’une autre, quitte à se met­tre en dan­ger…
Il hocha la tête en la mirant, comme pour se con­for­ter dans l’idée qu’il pre­nait la bonne déci­sion. Pou­vait-il en être autre­ment ? Vivre seul en lais­sant son peu­ple se faire mas­sa­crer sous pré­texte que de toute façon tout était perdu ? Il savait que le mage de son royaume avait voulu pro­té­ger ses inté­rêts en l’envoyant ici. Il l’avait accepté au début, dans le fol espoir que la nou­velle de sa dis­pa­ri­tion ferait ces­ser les agis­se­ments de la sor­cière du sep­tième cer­cle. Celle-ci avait juré sa perte suite à la « dis­pa­ri­tion » de quel­ques plan­tes rares qui avaient malen­con­treu­se­ment finies leur des­tin dans le ven­tre du fidèle des­trier du sou­ve­rain et les der­niè­res nou­vel­les n’étaient pas bon­nes : cette créa­ture « ran­cu­nière » avait levé une armée de nains tris­tus fer­nus, des clo­nes de dro­li­ti­cus fer­nus - des clo­nes uni­que­ment en corps, car l’âme des tris­tus est per­ver­tie, leur uni­que rai­son d’être est de faire du mal sans for­cé­ment faire rire… Une héré­sie au royaume du 999 !
Le nudiste sor­tit de ses son­ge­ries, se pen­cha pour attra­per de la main gau­che une clo­chette qui dor­mait à côté de l’encrier, il l’agita tout en tapo­tant la pointe de son oreille droite. Une fée Méride ren­tra dans la pièce, se posa sur son épaule droite et le fit ces­ser son drôle de geste.

« Vous êtes cer­tain ? Vous avez pris votre déci­sion ? Vous savez, on dit que rien ne peut arrê­ter cette sor­cière ! » susurra, dans le vif du sujet, la fée de sa voix fluette.

« Que le grand auréolé me fasse liqué­fier ou pous­ser des cor­nes sur le champ, si je ne le suis… euh, à la réflexion non, mais je veux essayer ! » répon­dit l’homme d’une voix pres­que éteinte.

« Je dois dire que ça nous sou­lage, nous som­mes de plus en plus nom­breu­ses, mais tout juste pour répon­dre à… la demande toute aussi crois­sante ! Aussi, mes­sire Gel, si vous vou­lez bien vous écar­ter… » expli­qua et requérra la fée.

Gel s’écarta légè­re­ment, puis plon­gea sans se faire prier dans le pas­sage que lui avait ouvert cette fée Méride…

Pas de quoi en faire un roman ! A peine un conte, une nou­velle ! Pensa l’oeil-coeur-cer­veau qui fai­sait bou­ger la plume. Pas si sûr… En même temps que le pas­sage s’était ouvert, la pro­tec­tion s’était éva­nouie et une autre bulle pu s’engouf­frer dans cette autre dimen­sion, prête à hap­per son atten­tion, à qué­man­der la pointe de la plume…

(19 octo­bre 2007)

… Cette der­nière pointa dans la direc­tion du vor­tex et com­mença à entraî­ner la main qui la tenait, avec le reste du corps par la même occa­sion. Son pro­prié­taire sem­bla se lais­ser traî­ner, hési­tant à sui­vre le che­min de l’étrange his­toire qui s’était ancrée sous ses yeux…

« Bon, alors ?! T’attends que le cro­que-page ramène sa gomme dans les para­ges ? » vibra la plume retour­née vers les miret­tes.

« Hum ! J’ai le droit de déci­der où je te pro­mène, non ? Et à vrai dire, je me deman­dais s’il ne serait pas plus inté­res­sant de… Hey ! »

La plume, badine, avait coupé court à la pseudo rhé­to­ri­que de la bou­che de son maî­tre en venant titiller ses nari­nes. Dans la fou­lée, l’ouver­ture vers la dimen­sion de Gel aspira tout l’air de la pièce. L’auteur n’eut d’autre choix que de se lais­ser aller, de se lais­ser gui­der pour à nou­veau met­tre en con­tact le fer et l’encre…
De « l’autre côté », la bulle avait déjà bien épousé des pay­sa­ges let­trés jamais obser­vés jusqu’à pré­sent : au bord d’une vaste plaine d’eau ver­dâ­tre, un châ­teau trô­nait au som­met d’une mon­ta­gne sableuse clair­se­mée, infes­tée de nains tris­tus fernu ; des per­son­nes du bon peu­ple en gue­nilles avaient été atta­chées çà et là le long des sen­tiers escar­pés, cer­tains nains «  s’amu­saient » à les enfon­cer le plus pro­fon­dé­ment pos­si­ble dans le sol fria­ble, une sor­cière assise sur un rem­part de la plus haute tour tour­nait le dos à quel­ques nobles et mages immo­bi­les. A l’inté­rieur des murs c’était tout autant la pagaille, si ce n’est plus, en dehors d’une pièce calme située dans les sous-sols. Il faut dire qu’elle était pro­té­gée par la magie du mage du royaume et que la sor­cière n’avait pas encore pointé son nez dans les para­ges. Gel y était apparu et, sur une sorte de banc cou­vert de tis­sus, était visi­ble­ment ren­tré en transe face à son ami, tout aussi habillé de nu, en dehors du cou­vre chef pointu tout étoilé. Le silence serait aussi de la par­tie, si deux peti­tes voix nain­fer­na­les­ques ne l’empê­chaient pas de se pré­sen­ter.
La plume se fau­fila pour gra­ver d’un peu plus près l’étrange scène. 
Un nain emmi­tou­flé dans une cape était en train de faire des mimi­ques, pré­sen­tant, visi­ble­ment, sa der­nière bla­gue à deux autres nains, avec la com­pli­cité d’un autre.

« Je suis Super Con ! » affirma t-il sur un ton dra­ma­ti­que en se dode­li­nant.

«  Meuh… nan ! » fit sem­blant de ras­sé­ré­ner son com­parse qui hocha la tête de bas en haut, tout en se fai­sant.

« Si si ! C’est mon nom ! »

« … Ah, Sisi c’est ton nom ?! »

« Mais non, Con ! »

« Je te per­mets pas ! C’est toi l’con ! »

« Oui, oui, c’est bien Con… mon nom de famille. »

« … C’est con comme nom de famille…»

« Naine en tutu bleu ! Je te l’avais dit ! T’es vrai­ment qu’un per­ro­quet tris­tus tout joyeux ! » insulta le « capé ».

« Et toi t’es qu’un… qu’un… bla­gueur sans fer­nus ! » rétor­qua le com­parse qui se rua, cor­nes bais­sées, sur l’autre.

Les deux autres nains sem­blè­rent prêts à se join­dre à cette petite bagarre ami­cale. Devant l’affli­geante tour­nure, l’atten­tion de la pointe se retourna vers Gel qui s’était levé d’un bond et s’était mis en colère alors qu’aucune parole audi­ble n’avait été échan­gée. Il avait visi­ble­ment fait le point de la situa­tion par télé­pa­thie.

« Et si la sor­cière met fin aux jours de quel­ques per­son­nes ?! S’il lui venait l’envie de s’en pren­dre à mon amie Atine, je ne pour­rais me le par­don­ner ! Je dois d’abord aller lui par­ler ! Lui faire une pro­po­si­tion qu’elle ne pourra décem­ment par refu­ser ! »

Le mage resta en transe, pour main­te­nir la pièce sous pro­tec­tion et pour…

« Oui, j’ai com­pris que des trac­ta­tions sont en cours avec des dro­li­ti­cus, que vous êtes en train d’enta­mer les pala­bres par l’inter­mé­diaire du con­seil de la fée­rie ! Mais cela ne fera sûre­ment qu’ali­men­ter le fléau !

De quoi je m’enflamme dans le vide ? Je… Et si je lui ser­vais d’appât vers le lieu de réu­nion ?! Oui, cela pour­rait être une bonne idée ! Je suis d’accord ! » sem­bla mono­lo­guer, voire soli­lo­quer Gel.

Pour seule réponse visi­ble, son ami forma une boulle avec ses mains, ce qui eut pour effet d’enve­lop­per Gel dans une bulle. Il lévita aus­si­tôt, sor­tit de la pièce en tra­ver­sant le mur, tel un fan­tôme, fut l’objet d’atten­tions par­ti­cu­liè­res des nains qui ten­tè­rent – en vain  - de nom­breu­ses pirouet­tes et qui ne réus­si­rent qu’à le faire rebon­dir sur les parois de l’esca­lier qu’il « mon­tait » à pré­sent. D’infi­mes par­ti­cu­les d’encre s’accro­chè­rent à la bulle lorsqu’elle s’engouf­fra par une fenê­tre du pre­mier étage…

La plume sem­bla hési­ter à sui­vre Gel, le plus gros ayant impré­gné cette rive, ce châ­teau, et d’autres bul­les qué­man­daient son atten­tion dans des ailleurs…

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© Pas­cal Lama­chère – février 2008

(*) A la demande de FCSSS

mardi, août 25 2009

Roman à suivre 'Les pages déchirées' - Suite 6 (partie 7)





La mon­dine bas­cule de telle sorte qu’elle est dos au vide. Un cer­cle noir com­posé de gelées s’est formé autour. Le temps sem­ble s’être sus­pendu, ou plu­tôt le corps de la créa­ture au-des­sus du vide. Elle « pro­fite » de cet ins­tant de répit pour ouvrir ses mains comme pour une obole. La masse argen­tée pal­pite et scin­tille vert, les glo­bes ocu­lai­res au bout de fila­ments sui­vent le rythme des ondu­la­tions. Greendle se sent attiré, aspiré par les tré­fonds, les abî­mes con­te­nus dans ce drôle de regard. Il a l’impres­sion de quit­ter son corps, que son âme s’engouf­fre dans une brè­che lumi­neuse-bru­meuse et se perd dans celle de Corian­the. Dans la fou­lée impal­pa­ble, les lois de la gra­vi­ta­tion ont de nou­veau cours, le cer­cle noir monte, fuse et devient une sphère, un tapis d’obsi­dien­nes qui épouse les con­tours de la bulle trans­lu­cide de l’humain. Elle se con­tracte et…

- Noon !! se prit à crier Greendle en se réveillant… aux pieds du lit, une dizaine de minu­tes avant que son réveil n’ouvre les écou­tilles musi­ca­les. 

L’explo­ra­teur de rêves resta un ins­tant comme sonné, allongé sur le flanc droit, sans draps pour le cou­vrir, nu. Un arrière goût amer sem­bla s’entê­ter à le trou­bler. Il ne sut si c’est parce qu’il n’avait pu agir dans son rêve et s’était trouvé spec­ta­teur d’un drame, si c’est parce qu’il était tombé et n’avait pas bien dormi ou si c’est parce que des désa­gréa­bles pans de son passé avaient res­surgi. Il se hâta d’ancrer avec la plume dorée les bri­bes, tenta de gar­der le fil, de le retrou­ver jusqu’à ce qu’il ait le sen­ti­ment d’avoir réu­nie toute l’écume de l’uni­vers des esprits de cette nuit.

Notre jeune anglais pour­sui­vit son « rituel mati­nal ».

Face à l’ordi­na­teur, il savoura un mail de Liloo : quel­ques vers ami­caux à son inten­tion accom­pa­gnés d’une invi­ta­tion à se ren­con­trer à un con­cert de leur étoile chan­teuse com­mune.

 « … En par­lant de con­cert, je me suis dis qu’on pour­rait se retrou­ver à un des con­certs de Michael ? J’ai réussi à avoir un billet pour la pre­mière, mais je puis le reven­dre et en ache­ter pour une autre. Tu me feras visi­ter Lon­dres ? Je pour­rais peut-être ensuite venir quel­ques jours à Tou­louse, si tout se passe bien !

Ton amie,
Liloo »

Greendle lâcha un « Yes ! » de joie et se dode­lina sur sa chaise. Trop timoré, bien qu’il la savait aussi fan de bambi, il n’avait pas osé lui pro­po­ser cette pos­si­bi­lité, ni même tout sim­ple­ment l’invi­ter. Il s’empressa de lui répon­dre qu’il s’en fai­sait une joie, qu’il se débrouille­rait pour trou­ver un billet de con­cert le même jour, voire deux côte à côte, et qu’il lui con­coc­te­rait un séjour lon­do­nien de rêve.

Impré­gné de bonne humeur, il enleva sa che­mise noire, vêtit une jaune canari à la place et « oublia » sa veste en cuir lorsqu’il quitta les lieux d’un pas guille­ret. La suite de la jour­née ne fut pas en reste de sur­pri­ses, bon­nes, mau­vai­ses ou juste… sur­pre­nan­tes.

Sur le che­min d’un repor­tage autour des artis­tes de rue, aux bords d’une berge du canal du midi, le pho­to­gra­phe-repor­ter crut hal­lu­ci­ner lorsqu’une gre­nouille s’étala sur sa galo­che gau­che…

- Oh my god ! Qu’est-ce qui t’arrive ? C’est un fran­çais qui te course, pour que tu fas­ses pas atten­tion où tu bon­dis ? ou une prin­cesse à croi­ser ta mire ?

… et encore plus lorsqu’il se prit à lui faire à peu près la même con­ver­sa­tion que celle qu’il avait écrite la veille et qu’il eut l’impres­sion de com­pren­dre ses « coa ! ». Il secoua la tête, se pinça, invita gen­ti­ment l’amphi­bien à aller voir ailleurs et remit un pied devant l’autre. Il accé­léra le pas lorsqu’il enten­dit de nou­veaux coas­se­ments.

Cette étrange scène aurait pu lui faire l’effet d’une gau­driole du des­tin, si ce n’est le carac­tère légè­re­ment effrayant à ses yeux de vivre une scène qu’il avait ima­giné. Greendle éprouva d’ailleurs le besoin d’en par­ler à un col­lè­gue ami, au dîner, dans une bras­se­rie en face de la place du Capi­tole, sous les arca­des en bri­que ocre.

- Gri-gri, c’est une syn­chro­ni­cité de Jung. C’est un sujet très inté­res­sant, mais te prends pas la tête des­sus. Même si tu sais faire la part des cho­ses, on peut voir des signes par­tout dès que la cer­velle se met en mode… euh… cor­ré­la­tion, asso­cia­tion… et sur­tout, je pense pas qu’il faille les inter­pré­ter !

- Hmm… tu as rai­son. Mais dis-moi, Lau­rent, y a plu­sieurs types de syn… chro­ni­cité ? demanda Greendle à son pair, l’air un peu ailleurs, le regard dans sa salade de chè­vre chaud, flan­qué de son por­ta­ble à gau­che, au bord de la table.

Lau­rent, un peu plus âgé que notre scri­bouillard, la barbe d’un barou­deur pen­due au visage, s’était pris de sym­pa­thie au point qu’il jouait le rôle de « pro­tec­teur » avec celui qu’il aimait sur­nom­mer son « gri-gri vivant », et de temps en temps « pud­ding exporté » lorsqu’il vou­lait le char­rier. Par­fois un peu trop au goût du gri-gri.

- Euh… non, enfin, pas à ma con­nais­sance. J’ai parlé de syn­chro­ni­cité de Jung parce qu’il a déve­loppé toute une thèse des­sus. D’ailleurs, de ce que je me sou­viens, il lui est repro­ché d’être resté un peu flou. Tu pour­ras en savoir plus sur le net !… lui répon­dit l’ami Lau­rent sur un ton empli de bon­ho­mie à son égard, les yeux vifs tour­nés vers une ser­veuse qui s’était appro­chée d’une table voi­sine occu­pée par un cou­ple de per­son­nes âgées.

Un léger sou­rire amusé se fen­dit sur les lèvres de l’anglais. Il fit un signe de tête entendu, posa les mains sur l’umpc… mais n’alla pas plus loin dans son élan. La télé­vi­sion de l’éta­blis­se­ment avait attiré son atten­tion. Des ima­ges d’un vol­can en érup­tion défi­laient, ainsi que cel­les d’un vil­lage qui avait été dévasté par le déchaî­ne­ment de dame nature et dont quel­ques bâti­ments étaient en feu.
« Comme dans mon rêve… » se dit Greendle dont l’air était devenu grave.

- Gri-gri ?! Tu devrais finir ta salade avant que les vol­cans du Mas­sif Cen­tral ne se réveillent ! Sinon c’est plus du chè­vre chaud que tu vas man­ger mais… com­mença à taqui­ner son com­parse.

- C’est juste une nou­velle… truc de Jung ! coupa le rêveur, agacé, le regard lourd de repro­ches.

Lau­rent fut décon­te­nancé et se con­tenta d’haus­ser les épau­les, pour toute com­mu­ni­ca­tion, avant de se tour­ner vers la ser­veuse et de lui deman­der l’addi­tion, tout sou­rire. Greendle, dont l’assiette n’était qu’à moi­tié enta­mée, n’y prê­tait déjà plus atten­tion, la tête levée pour voir la suite et fin du « repor­tage sen­sa­tion­nel » qui se clô­tura sur une jeune femme entou­rée de flam­mes et con­trainte de sau­ter entre un plan­cher cramé. Là encore, le « pud­ding exporté » fit le paral­lèle avec son rêve, et sa bonne humeur fut ache­vée pour le reste de la jour­née, du moins jusqu’à la fin de soi­rée…

Un peu avant de se cou­cher, après la lec­ture d’un mes­sage laco­ni­que de Liloo…

« Okii !
Bises,
@ + »

et la con­sul­ta­tion d’autres, notre scri­bouillard retrouva un sem­blant de sep­tième ciel grâce au der­nier : le rédac­teur en chef du jour­nal anglais pour lequel il était cor­res­pon­dant, lui pro­po­sait de rem­pla­cer un jour­na­liste sur la cou­ver­ture du pre­mier show que devait don­ner mis­ter Jack­son. Cela sous-enten­dait un billet gra­tuit. Il ne se fit pas prier et répon­dit immé­dia­te­ment par la posi­tive.

Ainsi, aussi sou­riant que s’il avait été invité à se ren­dre à une soi­rée pré­si­dée par la reine d’Angel­terre, gri-gri rejoi­gnit la dimen­sion de Mor­phée sur un petit nuage…

« I said i will come back ! » résonne dans la brume.

L’humain sur­saute, puis se sent pétri­fié. Des bruits de pas cou­rant bruis­sent à leur tour. Quand Greendle retrouve l’étin­celle pour se mou­voir, un dia­blo­tin prend forme devant lui, en lieu et place d’une tran­che de vapeur.

- I said i will come back ! déclare-t-il vic­to­rieux, avec le ton et la manière, four­che à la main ten­due vers le haut.

à sui­vre / to be con­ti­nued - cli­quez ici pour lire la suite

© Pas­cal Lama­chère – avril-août 2009


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samedi, avril 18 2009

Chapitre 2 – Au-delà de la brume - Suite 5 du roman à suivre 'Les pages déchirées' (partie 6)





Cha­pi­tre 2 - Au-delà de la brume

Greendle passa deux jours à se plon­ger dans un tra­vail inten­sif, plus qu’il ne l’avait prévu. Entre entre­tiens, pho­tos, rédac­tion et aide à appor­ter à ses col­lè­gues pour cause de réduc­tion d’effec­tifs, il avait mis de côté ses échan­ges avec Liloo et il avait oublié l’étran­geté de ses der­niers rêves, jusqu’à ce qu’il déam­bule dans la petite rue Léon Gam­betta…

L’air s’était rafraî­chie, les nua­ges dans le ciel étaient d’un gris très som­bre, cap­tu­raient la lumière comme un filet de pêche aux mailles ser­rées tiré dans un océan de gros pois­sons. Mal­gré cette atmo­sphère annon­cia­trice de gibou­lées de mars très très en retard, notre anglais, « emmi­tou­flé » dans sa veste en cuir, avait voulu faire un tour sur les ber­ges de la Garonne après une jour­née haras­sante et avait dirigé ses pas en con­sé­quen­ces. Mais un abat de fins pro­jec­ti­les gla­cés eut rai­son de sa soif de bouillons flu­viaux et il choi­sit de se « réfu­gier » dans le cyber de la rue. Il le fit d’un pas non­cha­lant, pen­dant que les rares per­son­nes n’étant pas encore à se sus­ten­ter se mirent à cou­rir. Comme si leurs esto­macs criaient famine et qu’elles s’en trou­vaient en dan­ger de mort, elles lui sem­blè­rent sau­ter et se pré­ci­pi­ter à la manière des pira­tes de son rêve. Dans la fou­lée, les tam­bours des cieux rai­son­nè­rent et un éclair les brisa. Dans cet élan sur­réa­liste, à tra­vers un cha­pe­let de grê­lons éclai­rés, Greendle crut aper­ce­voir un dia­blo­tin fami­lier en train de lever le poing au ciel. Il tres­sauta, secoua la tête et péné­tra dans un air chauffé par les humains et les machi­nes.

Le cyber était pres­que bondé. Il lui fal­lait atten­dre un peu avant d’avoir une place parmi la tren­taine de pos­tes. Le pho­to­gra­phe-repor­ter en pro­fita pour appré­cier l’éclai­rage légè­re­ment tamisé, obser­ver les gens en train de vaquer à leurs « occu­pa­tions élec­tro­ni­ques » et détailler le décor… Au fond de la salle, une affi­che (scot­chée con­tre une sépa­ra­tion en con­tre­pla­quée posée entre deux ordi­na­teurs) attira par­ti­cu­liè­re­ment son atten­tion. Titrée Les Pira­tes de l’espace en con­cert, il eut du mal à en croire ses yeux. Avait-il fait un sem­blant de rêve pré­mo­ni­toire ? Une sim­ple coïn­ci­dence ? Sa sou­ris se ren­dit sur leur mys­pace, une fois devant un ordi­na­teur. La musi­que qui entra dans ses oreilles fut plus soft que ce à quoi il s’était attendu avec un tel nom. Ses doigts enre­gis­trè­rent dans l’agenda le lieu et la date du show, puis con­sul­tè­rent ses mails. Liloo n’avait rien écrit. Greendle cla­viarda quel­ques mots pour l’infor­mer qu’il avait passé deux jour­nées fol­les, qu’il envi­sa­geait d’aller à un con­cert d’un groupe de rock fran­çais dans quel­ques jours et qu’il serait pro­ba­ble­ment très occupé le reste du temps, en grande par­tie à cause de l’épée de Damo­clès de la crise éco­no­mi­que que le direc­teur de la rédac­tion avait fina­le­ment laissé tom­ber sur le jour­nal.

Après avoir envoyé le mes­sage, le geek se ren­dit compte que son ven­tre récla­mait de l’essence de vie. Il regarda par la fenê­tre. Il fai­sait tou­jours aussi som­bre mais il n’y avait plus qu’une pluie fine à venir titiller les bri­ques, les têtes métal­li­sées et le bitume. Il se leva d’un geste vif, vêtit sa veste, sor­tit de sa besace de quoi payer l’accueillante asia­ti­que à l’entrée. Greendle des­serra ses dents pour lui offrir un sou­rire un peu bêta tout en ver­sant dans sa main la somme qu’elle lui avait deman­dée avec un accent exo­ti­que.

- Au… au r’voir ! bal­bu­tia timi­de­ment l’anglais avec son accent.

- See you soon ! Take care with this wea­ther ! rebon­dit la jeune employée qui avait levé la tête pour le regar­der droit dans les yeux, tout en ran­geant la mon­naie.

- Sa… Sayô­nara ! répon­dit radieux l’ama­teur de lan­gues qui som­meillait en lui, sou­hai­tant aussi et sur­tout ren­dre la faveur de la jeune femme en s’expri­mant à son tour dans sa lan­gue mater­nelle.

- Hihi­hihi… i’m not Japa­nese ! Hihi­hihi… expli­qua-t-elle entre deux rires cris­tal­lins.

La jeune femme s’excusa et s’apprêta à répon­dre à l’inter­ro­ga­tion faciale de son inter­lo­cu­teur, mais un client pressé se mani­festa. La voyant se détour­ner, l’anglais prit congé en dis­si­mu­lant assez mal un air con­trit nais­sant. Lorsqu’il passa la porte, une voix fémi­nine lui sou­haita une bonne soi­rée. Il ne se retourna pas et s’engouf­fra dans l’écume des nua­ges sans ajou­ter mots.
En route vers son « Home, Sweet Home », le lord dut essuyer un bref redou­ble­ment d’averse, des écla­bous­su­res de voi­tu­res et de camion­net­tes. Mouillé du bout des pieds à la pointe des che­veux, la porte de son chez-lui fran­chie, il ferma les volets, mit un cd de Craig Arm­strong, se désha­billa, prit une dou­che bien chaude et, une fois séché, vêtit son pei­gnoir et des pan­tou­fles. Le reste de la soi­rée fut con­som­mée entre un menu réchauffé, des tran­ches de pages de L’Homme qui rit et des pages d’un car­net, à peine entamé jus­que-là, qu’il noir­cit de pay­sa­ges let­trés au pas­sage de son calame doré. Il y pei­gnit un début de conte sur une gre­nouille vivant sur les ber­ges du canal du midi…

Lorsqu’il res­sen­tit le poids de la fati­gue sur ses mains, Greendle laissa choir sa plume, fit naî­tre le voile de la nuit, s’allon­gea et se laissa enva­hir par la sym­pho­nie plu­vieuse sur la bar­que des rêves.

« Nua­ges gris,
Soleil noc­turne,
Quel­ques maux enfouis
dans l’Urne
d’un magi­cien
non Humain
resur­gis­sent
au détour
d’une âme créa­trice
pié­gée dans un four… »

Cette nuit-là, le rêveur explora des son­ges plus inso­li­tes que jamais. Il com­mença par rêver qu’il se trou­vait aux côtés de Michael Jack­son, dans l’O2 Arena de Lon­dres, le jour de la pre­mière du come back de la star. Aux pre­miè­res paro­les d’Heal The World, Greendle se retrouva face à une mon­ta­gne incon­nue, sur une terre en train de trem­bler. Aux pre­miers signes d’érup­tion, une brume se forma autour de lui, mais le décor ne chan­gea pas immé­dia­te­ment. Petit à petit, la mon­ta­gne se liqué­fia, son odo­rat fut titillée par une odeur âcre, deux bâti­ments en feu pri­rent forme et…

- Sau­vez-moi ! Sau­vez-nous ! Par ici ! En haut !

Greendle ne sut où don­ner de la tête. Il avait le tour­nis et ne savait plus dis­tin­guer le haut du bas, la gau­che de sa droite. Fina­le­ment, il se diri­gea à l’ins­tinct et… il se fit hap­per par un tour­billon orange. Quand il fut en mesure d’avoir l’esprit clair, que le pay­sage fut posé, il ne put bou­ger, enfermé dans une bulle trans­lu­cide au-des­sus d’un gouf­fre infini. Il assista en spec­ta­teur à une drôle de scène. Cerise sur la bizar­re­rie, bien qu’il se sen­tit étran­ger, non con­cerné, il avait la sen­sa­tion de savoir, de con­naî­tre…

… Corian­the con­tem­ple le vide. En met­tant de côté tout un tas de dif­fé­ren­ces fonc­tion­nel­les, inté­rieu­res, non visi­bles dans cette posi­tion, elle res­sem­ble à une humaine cos­tu­mée et gri­mée pour une « soi­rée dépa­reillée » : une robe marine por­tée du men­ton aux che­villes avec un cou­vre chef en forme de cha­peau de magi­cien cou­leur sang. Mais ce n’en est pas une. C’est une Mon­dine. Sa « robe » et son « cha­peau » sont une par­tie de sa chair, ce qu’elle tient entre les mains est son coeur sur lequel sont plan­tés ses yeux, son nez est très fin, ses oreilles ron­des, son teint de peau passe par tou­tes les cou­leurs de l’arc-en-ciel en fonc­tion de son humeur… Et, à cet ins­tant, elle est des plus mélan­co­li­ques.
Entre sacri­fice et tra­hi­son, le che­min de cette créa­ture l’a menée face à ce pré­ci­pice. Elle n’a plus le choix. Il lui faut plon­ger dans l’abîme. Elle y a été con­dam­née. Elle ne peut y échap­per. Une perle bleue s’extirpe de la masse argen­tée qui trône dans la paume de ses mains join­tes ; la pre­mière et der­nière larme de son coeur de Mon­dine. Elle espère que, mal­gré tout ce qu’elle a fait, elle sera sau­vée pen­dant son saut, qu’elle obtien­dra rédemp­tion, qu’un valeu­reux Mon­din vien­dra lui offrir une chance d’arran­ger l’irré­pa­ra­ble.
Les jam­bes de Corian­the fré­mis­sent. Elles sont l’antre, le seuil de ses pou­mons. Elle a pris une der­nière bouf­fée, « pour la route ». Son « cha­peau » tourne un ins­tant, elle lâche la masse argen­tée et saute…

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© Pas­cal Lama­chère – avril 2009