Blog littéraire, artistique de Pascal Lamachère

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dimanche, octobre 10 2010

Vos écrits, poème du jour – Vos annonces littéraires, artistiques, sorties de romans, manifestations, concerts…


Vous pou­vez tou­jours par­ti­ci­per aux jeux d’écri­ture, aux ate­liers (ré)créa­tifs, envoyer un poème pour la “rubri­que” poème du jour, à lire ci-après direc­te­ment sur ce blog (ser­vice lié et publié sur dif­fé­rents sites, via script), mais pour ceux qui veu­lent par­ta­ger plu­sieurs poè­mes, leurs envo­lées lyri­ques, si vous vou­lez recueillir des avis sur vos his­toi­res, vos con­tes, nou­vel­les, faire lire vos fan­fics, romans, vos écrits, vos arti­cles, vos dif­fé­rents tex­tes, faire dégus­ter vos créa­tions (pho­tos, pein­tu­res, des­sins, musi­ques, chan­sons…), publier une petite annonce con­cer­nant votre ren­trée lit­té­raire, votre actua­lité artis­ti­que, par­ler d’un évé­ne­ment que vous orga­ni­sez ou auquel vous par­ti­ci­pez, d’un con­cert, d’une expo­si­tion…, si, en tant que lec­teur, lec­trice, admi­ra­teur, admi­ra­trice, ama­teur, ama­trice, vous vou­lez effeuiller, plon­ger dans l’âme d’autres poè­tes, décou­vrir l’uni­vers d’autres auteurs, lire d’autres plu­mes, con­teurs, écri­vains, roman­ciers, jour­na­lis­tes…, je vous donne ren­dez-vous sur le forum lit­té­raire, artis­ti­que, géné­ra­liste, lié à ce blog :

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@ pelu­che sur cette rive

jeudi, juin 17 2010

Roman à suivre 'Les pages déchirées' - Suite 7 (partie 8)





Greendle est dere­chef sub­mergé par une émo­tion para­ly­sante. Le nain infer­nal tré­pi­gne, se met ensuite à cou­rir autour, comme s’il vou­lait jouer avec sa poten­tielle proie, crée des volu­tes de fumée, se rap­pro­che petit à petit, un air de plus en plus féroce. Le rêveur se con­cen­tre et…

- And ?… Même pas peur ! lance-t-il, sur un ton faus­se­ment mali­cieux, tout en don­nant un coup de pied en direc­tion de l’assaillant.

- Oh oh oh ! You’re game over ! Assène le dia­blo­tin, qui l’évite sans mal.

Mal­gré l’annonce pro­phé­ti­que de fin immi­nente, l’humain se met en posi­tion de boxeur, prêt à com­bat­tre… mais fuit, le bat­te­ment de coeur sui­vant, prend les jam­bes à son cou, pres­que lit­té­ra­le­ment, le bras gau­che tendu en arrière, la paume face à l’adver­saire, comme s’il pou­vait ainsi le stop­per, le gar­der à dis­tance.

- Par la lumière lumi­neuse, que tu sois ren­voyé dans les lim­bes, démon… Par la lumière lumi­neuse…

Le malin, qui avait ricané à la vue de la drôle de posi­tion guer­rière de l’apprenti boxeur, rugit à ces mots et se rue sur le fuyard. Arrivé à por­tée d’action, il émet des gro­gne­ments, sans tou­te­fois atta­quer, sans jouer de sa four­che, recu­lant même.


Un flash imma­culé plus tard… Greendle cli­gnait des yeux. Il lui sem­bla enten­dre un gro­gne­ment, un écho réel à l’irréel. L’anglais se retourna sur le côté, la tête vers les volets. Vu l’absence de lumière natu­relle dans leurs com­mis­su­res, il se dit qu’il pou­vait se ren­dor­mir et referma les yeux. Trou­blé par le cau­che­mar, il resta néan­moins un bon quart d’heure à les gar­der clos mais son esprit éveillé, se ras­sé­ré­nant, cher­chant la paix. Avant de glis­ser vers le repos, il riait pres­que, à la remé­mo­ra­tion de sa pseudo incan­ta­tion.

- Par la lumière lumi­neuse ? N’importe quoi… se repro­cha Greendle.

… Lors­que Mozart, par radio­ré­veil inter­posé, le rap­pela dans sa cham­bre et à ses impé­ra­tifs humains, gri-gri avait pres­que oublié le rêve étrange avec le dia­blo­tin. Un autre avait pris la place. Mais au moment de tout écrire, sur la table à man­ger, une tasse de thé et des oeufs au bacon à droite de son cale­pin à rêves, de la seconde salve d’esca­pa­des dans l’uni­vers impal­pa­ble, le réveillé ne retint que deux phra­ses, pro­non­cées à la fin - « Je vais pren­dre ces deux livres » et « des ciseaux, il me faut des ciseaux, vite ! » -, et un vague décor d’appar­te­ment chic, un esca­lier, une per­sonne croi­sée, du moins lui sem­bla-t-il. En ten­tant de tout revi­si­ter, dans sa phase intros­pec­tive, son pre­mier rêve lui revint comme une vague se refor­mant après s’être échouée et empor­tant au large avec un force accrue, comme un coup de poing dans un ven­tre ramolli par trop de con­fiance, dénué de réflexes, comme une balle reti­rée en élar­gis­sant le trou dans la chair, comme… Bref, il se sou­vint du rêve et se sen­tit plus trou­blé qu’il ne l’avait été pen­dant et juste après l’avoir vécu. Le pud­ding exporté secoua la tête, posa sa plume, but quel­ques gor­gées de thé, se sus­tenta puis alla médi­ter un bout, à la fenê­tre.

Greendle porta son regard sur les fenê­tres des bâti­ments voi­sins, sur les pas­sants, sur les voi­tu­res… et enfin sur le ciel grisé de nua­ges. En les zyeu­tant, quel­ques vers vin­rent natu­rel­le­ment se for­mer dans son esprit, et il en vint à une con­clu­sion : le rêve avait réveillé l’écor­ché vif qui som­no­lait en lui. Il res­sen­tit le besoin, l’envie d’éva­cuer, de se lais­ser aller sur le papier, dans une écri­ture quasi auto­ma­ti­que. Il alluma son ordi­na­teur, mit le cd Dan­ge­rous de Michael Jack­son et reprit la plume. Après avoir encré le cahier à rêves de la source de son trou­ble, il gratta des pages d’un autre, plus grand et plus volu­mi­neux, con­sa­cré au scri­bouillage d’his­toi­res pen­sées dans la jour­née, hors du lit, hors de Mor­phée.

[…] Je regarde,
Des yeux clos du béton
S’ouvrir à une nou­velle aube ;
Des flam­mes d’autres, déjà éveillés,
Par­cou­rir le che­min de la vie.

Je regarde,
Le cours passé ;
Du temps où j’errais dans la brume,
Entre ombre et lumière,
En lévi­ta­tion,
À mi-che­min des abî­mes et de la terre.

Je regarde,
Le côté du fleuve où je regar­dais…
Le cris­tal de mes pen­sées,
Le froid causé par l’absence de soleil,
Les étoi­les filan­tes qui m’ont pres­que fait cha­vi­rer ;
Dos à la source du Hors Temps.

Je regarde,
Les four­mis moto­ri­sées,
Sous les nua­ges qui nous entou­rent ;
Som­bres nuées,
Des mon­ta­gnes s’élè­vent,
Aci­des,
Les tri­pes m’en tom­bent.

Je regarde,
Une décen­nie d’hor­reurs et de mer­veilles,
De dou­leurs et de dou­ceurs,
De tou­tes les cou­leurs,
L’arc-en-ciel de l’His­toire,
D’aven­tu­res humai­nes
Lumi­neu­ses et obs­cu­res ;
Monde ren­ver­sant,
Comme la tête en bas d’un nou­veau né,
Cruel ou doux, sui­vant l’étoile
Et la bulle pro­tec­trice
Qui s’immisce.

Je regarde,
Ce monde rem­plit d’injus­ti­ces
Qui me font sup­plice ;
Le malin qui assaille,
Se gausse,
Tente de per­cer
Avec sa noir­ceur,
Reste l’espoir bridé.

Je regarde,
Des yeux clos du béton
S’ouvrir à une nou­velle aube ;
Des flam­mes d’autres, déjà éveillés,
Par­cou­rir le che­min de la vie.

Je regarde
La mélo­die divine rico­cher sur les astres,
S’épan­dre vers les sans armure,
Vers la rive des mon­des incar­nés et désin­car­nés ;
Je regarde
Le coeur qui bat la cha­made,
L’ombre s’enfuir…
Et la lumière fut ?
Et la lumière fut…

[…]


Lorsqu’il eut fini, le poète hésita à déchi­rer les pages qu’il venait de noir­cir. Un peu par insa­tis­fac­tion, un peu parce qu’il vou­lait lais­ser s’envo­ler, sym­bo­li­que­ment, les ondes cap­tu­rées, un peu… parce qu’il ne savait trop pour­quoi, il sen­tait que c’était dans l’élan, la suite logi­que. Mais il n’en fit rien. Ses pen­sées se tour­nè­rent vers Liloo, il hési­tait à lui envoyer. L’anglais avait peur qu’elle le juge mal, mal­gré la con­fiance qu’il avait en elle. Il regarda l’heure. Il n’avait plus trop le temps de lui écrire le texte poé­ti­que, ni de lui faire part de la bonne nou­velle sur le con­cert. Il lui écri­rait le soir venu…

Entre cet ins­tant et celui où il se trouva à rédi­ger le mail à des­ti­na­tion de son amie, dans la pénom­bre d’un crois­sant de lune, Greendle eut une jour­née trou­blante, dans la con­ti­nuité de son intros­pec­tion amor­cée au réveil…

Peu après avoir quitté son appar­te­ment, en déam­bu­lant dans les rues tou­lou­sai­nes gri­sées par le ciel, sur le che­min des locaux du jour­nal où il devait récu­pé­rer et/ou sou­met­tre une liste de sug­ges­tions d’arti­cles, au moment où il passa devant une librai­rie, l’éveillé enten­dit :

- Je vais pren­dre ces deux livres, annonça un client, la cin­quan­taine, cau­ca­sien, barbu…

Gri-gri n’avait pas trop fait atten­tion à l’appa­rence du mon­sieur, une des deux phra­ses de fin de réveil s’étant rap­pe­lée à lui. Encore une his­toire de syn­chro­ni­cité ? Il se dit que ça com­men­çait à faire beau­coup en deux jours, et poussa un peu plus loin sa réflexion de la veille. Lorsqu’il fut arrivé à des­ti­na­tion, du moins la pre­mière, le pen­seur en était arrivé à ceci : si la phrase enten­due est une phrase qui peut être con­si­dé­rée récur­rente, que l’on peut l’enten­dre plu­sieurs fois dans un mois, pour peu qu’on soit ama­teur de livres, le fait qu’il en ait rêvé et l’ait enten­due peu après, n’est pas ano­din, ce n’est peut être pas qu’une coïn­ci­dence ; il ne s’agit pas d’une pro­phé­tie auto­réa­li­sa­trice, il n’a aucu­ne­ment été influencé, pro­vo­qué cette situa­tion parce que rêvée ; cela n’a pas tel­le­ment de sens en l’état, aucune uti­lité, il lui fau­drait d’autres preu­ves, plus de matière pour tirer une con­clu­sion. Il allait être servi.

Le ciel s’était éclairci, une légère brise chaude prin­ta­nière taqui­nait ses che­veux, quand notre pho­to­gra­phe-repor­ter arriva à sa deuxième des­ti­na­tion, un immeu­ble, à proxi­mité du croi­se­ment de la rue du Fau­bourg Bon­ne­foy et de l’ave­nue de Lavaur. Greendle s’était vu con­fier un arti­cle de fond sur un homi­cide, qui avait eu lieu la veille, en fin de soi­rée : il devait inter­vie­wer, enquê­ter, pren­dre des pho­tos… Après avoir réussi à obte­nir le droit d’entrer, quand il mit les pieds dans la demeure en bri­ques roses, posa son regard sur l’esca­lier, le réveillé eut un flash, eut l’impres­sion de vivre la scène dont il avait rêvé. Cela le tour­ne­boula quel­que peu et il fit à nou­veau mar­cher son pud­ding gris, ses neu­ro­nes : il n’a pas choisi cette des­ti­na­tion, ne pou­vait savoir qu’il y met­trait les pieds, donc là aussi, il ne l’a pas pro­vo­qué ; mais là, si le stan­ding du lieu peut cor­res­pon­dre, ce dont il s’est sou­venu du rêve est trop vague, et encore plus là où il peut se lais­ser pren­dre à le modi­fier, il peut ainsi se faire avoir par l’effet Bar­num.

Pen­dant sa réflexion, Greendle avait com­mencé à mon­ter. Lorsqu’il croisa un habi­tant de l’immeu­ble, il sor­tit de ses pen­sées, le salua et tenta une appro­che, pour une inter­view, tâter le ter­rain. Le con­tact passa bien avec Char­les, fraî­che­ment retraité, un béret sur la tête, des che­veux gri­son­nant en dépas­sant, la peau ridée comme les gens de son âge… Il obtint son sésame pour ren­con­trer d’autres rési­dants. Au moment de pren­dre congé, il enten­dit, venant du palier de l’étage du des­sus, une phrase qui para­cheva le trou­ble ini­tié au cours de la mati­née.

- Des ciseaux, il me faut des ciseaux, vite ! Char­les…, sup­plia pres­que une femme d’âge mur, la voix che­vro­tante.

Le pud­ding retourné devint livide, vacilla, posa sa main sur la ram­barde pour réta­blir l’équi­li­bre, faire arrê­ter de tan­guer les murs. Greendle en avait inquiété son inter­lo­cu­teur, qui s’enquit de sa santé. Après un « Tout va bien ! Juste un man­que de som­meil… », Char­les alla voir ce que lui vou­lait sa femme. Gri-gri ne tarda pas à retrou­ver tota­le­ment ses esprits, quoi­que ses neu­ro­nes com­men­çaient dere­chef à s’acti­ver avec un peu trop de vigueur. Il prit une grande ins­pi­ra­tion, expira le len­te­ment, et tenta de pen­ser à autre chose, de les détour­ner vers son enquête, son arti­cle, ce qu’il réus­sit, jusqu’à ce qu’il croise à nou­veau son pre­mier con­tact, en fin de mati­née. Ce der­nier s’informa sur l’avan­cée des inves­ti­ga­tions du repor­ter, eut besoin d’être encore ras­suré, d’enten­dre qu’il allait bien…

Quand Char­les retourna dans son appar­te­ment, Greendle quitta les lieux, vers son repas. En che­min, il ne cessa de repen­ser aux trop nom­breu­ses coïn­ci­den­ces, syn­chro­ni­ci­tés. L’uni­vers vou­lait-il lui envoyer un mes­sage ? Que devait-il en faire, en tirer ? Le signe était-il qu’il pou­vait, devait aider à appor­ter des preu­ves au dos­sier, en plon­geant au plus pro­fond et ten­ter de refor­mer le der­nier rêve de la nuit ? Mais com­ment pein­dre quand on est aveu­gle ? Ne trou­vant de répon­ses, l’anglais se tourna vers son intui­tion. D’édu­ca­tion angli­cane, il ne se sen­tait pas d’appar­te­nance à la con­fes­sion, n’étant pas vrai­ment croyant, plus agnos­ti­que. Mais… il eut un fris­son. Cela le remua de réa­li­ser qu’il tenait sûre­ment là une preuve que la vie est bien plus qu’une his­toire de robots géné­ti­que­ment pro­gram­més, que c’était bien plus qu’une his­toire de rêves et de situa­tions qui se répè­tent, que ce cas dépas­sait cer­tai­ne­ment le cadre de l’effet Bar­num.

L’heure du sou­pir solaire venu, après un après-midi con­sa­cré à la pour­suite de son enquête auprès des poli­ciers et tutti quanti, après un dîner en com­pa­gnie de deux col­lè­gues, de retour chez-lui, Greendle fit quel­ques recher­ches sur le net. Il tomba sur un site caté­go­ri­sant les rêves, et où il était expli­qué que les rêves pré­mo­ni­toi­res, des son­ges véri­di­ques, étaient faits pour nous aider à nous pré­pa­rer à cer­tains évé­ne­ments. Il se con­forta qu’il s’agis­sait bel et bien de ça et con­clut, aux des­crip­tions, que son rêve était de ceux qui seraient ins­pi­rés par l’ange des rêves, Cid­dî­qoûn. Notre sur­feur avait du mal à croire à son exis­tence, mais pour­quoi pas ? Et puis, même s’il ne s’était pas sou­venu de tout, même s’il n’y avait pas trouvé une uti­lité immé­diate, il se dit que son incons­cient avait tra­vaillé pour lui et que cela l’avait peut-être bien aidé, influencé d’une cer­taine manière, que cela avait éveillé sa foi, qu’il y aurait peut-être d’autres réper­cus­sions posi­ti­ves. Cepen­dant, ce qui l’émous­tilla le plus, ce qu’il retint le plus de sa pro­me­nade sur le site en ques­tion, fut l’expli­ca­tion, la théo­rie sur l’ori­gine de ses der­niers cau­che­mars, le fait que ses rêves en rap­port avec la dia­blo­tin pou­vaient être des rêves exu­toi­res, des rêves ins­pi­rés par des djinns ou par le dia­ble et com­pa­gnie, et qu’il ne devait pas y accor­der d’impor­tance, les igno­rer, quand revenu dans l’incarné.

Appro­chant l’ins­tant de la glis­sade vers les rêves, à la lueur du crois­sant lunaire, et de l’écran de son ordi­na­teur, Greendle se sen­tit apaisé, ins­piré. Il reprit son cahier d’his­toi­res, cla­viarda le poème, l’amé­lio­rant au pas­sage, et ajouta un petit mot à l’atten­tion de Liloo. Une fois envoyé, il ferma les volets, et alla se cou­cher… De cette nuit qui sui­vit, bien qu’il eut observé les con­seils du site pour rêver au mieux, chas­ser cer­tains son­ges pou­bel­les, il ne se sou­vint de rien, juste l’impres­sion d’avoir fait de jolis rêves. Tou­te­fois, l’anglais se réveilla d’humeur badine, taquine, la sen­sa­tion d’avoir un esprit malin en lui, d’être légè­re­ment dif­fé­rent, grisé par un humour étrange qui lui donna envie de tout pren­dre à la déri­sion.

à sui­vre / to be con­ti­nued

© Pas­cal Lama­chère – juin 2010


Note : Étant donné les mises à jour spo­ra­di­ques, que je ne sais pas quand je par­ta­ge­rai à nou­veau un texte, pos­te­rai un nou­veau mes­sage, si vous vou­lez être tenu(e) au cou­rant, si vous êtes ins­crit(e) sur Face­book, vous pou­vez uti­li­ser le ser­vice :

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mardi, août 25 2009

Roman à suivre 'Les pages déchirées' - Suite 6 (partie 7)





La mon­dine bas­cule de telle sorte qu’elle est dos au vide. Un cer­cle noir com­posé de gelées s’est formé autour. Le temps sem­ble s’être sus­pendu, ou plu­tôt le corps de la créa­ture au-des­sus du vide. Elle « pro­fite » de cet ins­tant de répit pour ouvrir ses mains comme pour une obole. La masse argen­tée pal­pite et scin­tille vert, les glo­bes ocu­lai­res au bout de fila­ments sui­vent le rythme des ondu­la­tions. Greendle se sent attiré, aspiré par les tré­fonds, les abî­mes con­te­nus dans ce drôle de regard. Il a l’impres­sion de quit­ter son corps, que son âme s’engouf­fre dans une brè­che lumi­neuse-bru­meuse et se perd dans celle de Corian­the. Dans la fou­lée impal­pa­ble, les lois de la gra­vi­ta­tion ont de nou­veau cours, le cer­cle noir monte, fuse et devient une sphère, un tapis d’obsi­dien­nes qui épouse les con­tours de la bulle trans­lu­cide de l’humain. Elle se con­tracte et…

- Noon !! se prit à crier Greendle en se réveillant… aux pieds du lit, une dizaine de minu­tes avant que son réveil n’ouvre les écou­tilles musi­ca­les. 

L’explo­ra­teur de rêves resta un ins­tant comme sonné, allongé sur le flanc droit, sans draps pour le cou­vrir, nu. Un arrière goût amer sem­bla s’entê­ter à le trou­bler. Il ne sut si c’est parce qu’il n’avait pu agir dans son rêve et s’était trouvé spec­ta­teur d’un drame, si c’est parce qu’il était tombé et n’avait pas bien dormi ou si c’est parce que des désa­gréa­bles pans de son passé avaient res­surgi. Il se hâta d’ancrer avec la plume dorée les bri­bes, tenta de gar­der le fil, de le retrou­ver jusqu’à ce qu’il ait le sen­ti­ment d’avoir réu­nie toute l’écume de l’uni­vers des esprits de cette nuit.

Notre jeune anglais pour­sui­vit son « rituel mati­nal ».

Face à l’ordi­na­teur, il savoura un mail de Liloo : quel­ques vers ami­caux à son inten­tion accom­pa­gnés d’une invi­ta­tion à se ren­con­trer à un con­cert de leur étoile chan­teuse com­mune.

 « … En par­lant de con­cert, je me suis dis qu’on pour­rait se retrou­ver à un des con­certs de Michael ? J’ai réussi à avoir un billet pour la pre­mière, mais je puis le reven­dre et en ache­ter pour une autre. Tu me feras visi­ter Lon­dres ? Je pour­rais peut-être ensuite venir quel­ques jours à Tou­louse, si tout se passe bien !

Ton amie,
Liloo »

Greendle lâcha un « Yes ! » de joie et se dode­lina sur sa chaise. Trop timoré, bien qu’il la savait aussi fan de bambi, il n’avait pas osé lui pro­po­ser cette pos­si­bi­lité, ni même tout sim­ple­ment l’invi­ter. Il s’empressa de lui répon­dre qu’il s’en fai­sait une joie, qu’il se débrouille­rait pour trou­ver un billet de con­cert le même jour, voire deux côte à côte, et qu’il lui con­coc­te­rait un séjour lon­do­nien de rêve.

Impré­gné de bonne humeur, il enleva sa che­mise noire, vêtit une jaune canari à la place et « oublia » sa veste en cuir lorsqu’il quitta les lieux d’un pas guille­ret. La suite de la jour­née ne fut pas en reste de sur­pri­ses, bon­nes, mau­vai­ses ou juste… sur­pre­nan­tes.

Sur le che­min d’un repor­tage autour des artis­tes de rue, aux bords d’une berge du canal du midi, le pho­to­gra­phe-repor­ter crut hal­lu­ci­ner lorsqu’une gre­nouille s’étala sur sa galo­che gau­che…

- Oh my god ! Qu’est-ce qui t’arrive ? C’est un fran­çais qui te course, pour que tu fas­ses pas atten­tion où tu bon­dis ? ou une prin­cesse à croi­ser ta mire ?

… et encore plus lorsqu’il se prit à lui faire à peu près la même con­ver­sa­tion que celle qu’il avait écrite la veille et qu’il eut l’impres­sion de com­pren­dre ses « coa ! ». Il secoua la tête, se pinça, invita gen­ti­ment l’amphi­bien à aller voir ailleurs et remit un pied devant l’autre. Il accé­léra le pas lorsqu’il enten­dit de nou­veaux coas­se­ments.

Cette étrange scène aurait pu lui faire l’effet d’une gau­driole du des­tin, si ce n’est le carac­tère légè­re­ment effrayant à ses yeux de vivre une scène qu’il avait ima­giné. Greendle éprouva d’ailleurs le besoin d’en par­ler à un col­lè­gue ami, au dîner, dans une bras­se­rie en face de la place du Capi­tole, sous les arca­des en bri­que ocre.

- Gri-gri, c’est une syn­chro­ni­cité de Jung. C’est un sujet très inté­res­sant, mais te prends pas la tête des­sus. Même si tu sais faire la part des cho­ses, on peut voir des signes par­tout dès que la cer­velle se met en mode… euh… cor­ré­la­tion, asso­cia­tion… et sur­tout, je pense pas qu’il faille les inter­pré­ter !

- Hmm… tu as rai­son. Mais dis-moi, Lau­rent, y a plu­sieurs types de syn… chro­ni­cité ? demanda Greendle à son pair, l’air un peu ailleurs, le regard dans sa salade de chè­vre chaud, flan­qué de son por­ta­ble à gau­che, au bord de la table.

Lau­rent, un peu plus âgé que notre scri­bouillard, la barbe d’un barou­deur pen­due au visage, s’était pris de sym­pa­thie au point qu’il jouait le rôle de « pro­tec­teur » avec celui qu’il aimait sur­nom­mer son « gri-gri vivant », et de temps en temps « pud­ding exporté » lorsqu’il vou­lait le char­rier. Par­fois un peu trop au goût du gri-gri.

- Euh… non, enfin, pas à ma con­nais­sance. J’ai parlé de syn­chro­ni­cité de Jung parce qu’il a déve­loppé toute une thèse des­sus. D’ailleurs, de ce que je me sou­viens, il lui est repro­ché d’être resté un peu flou. Tu pour­ras en savoir plus sur le net !… lui répon­dit l’ami Lau­rent sur un ton empli de bon­ho­mie à son égard, les yeux vifs tour­nés vers une ser­veuse qui s’était appro­chée d’une table voi­sine occu­pée par un cou­ple de per­son­nes âgées.

Un léger sou­rire amusé se fen­dit sur les lèvres de l’anglais. Il fit un signe de tête entendu, posa les mains sur l’umpc… mais n’alla pas plus loin dans son élan. La télé­vi­sion de l’éta­blis­se­ment avait attiré son atten­tion. Des ima­ges d’un vol­can en érup­tion défi­laient, ainsi que cel­les d’un vil­lage qui avait été dévasté par le déchaî­ne­ment de dame nature et dont quel­ques bâti­ments étaient en feu.
« Comme dans mon rêve… » se dit Greendle dont l’air était devenu grave.

- Gri-gri ?! Tu devrais finir ta salade avant que les vol­cans du Mas­sif Cen­tral ne se réveillent ! Sinon c’est plus du chè­vre chaud que tu vas man­ger mais… com­mença à taqui­ner son com­parse.

- C’est juste une nou­velle… truc de Jung ! coupa le rêveur, agacé, le regard lourd de repro­ches.

Lau­rent fut décon­te­nancé et se con­tenta d’haus­ser les épau­les, pour toute com­mu­ni­ca­tion, avant de se tour­ner vers la ser­veuse et de lui deman­der l’addi­tion, tout sou­rire. Greendle, dont l’assiette n’était qu’à moi­tié enta­mée, n’y prê­tait déjà plus atten­tion, la tête levée pour voir la suite et fin du « repor­tage sen­sa­tion­nel » qui se clô­tura sur une jeune femme entou­rée de flam­mes et con­trainte de sau­ter entre un plan­cher cramé. Là encore, le « pud­ding exporté » fit le paral­lèle avec son rêve, et sa bonne humeur fut ache­vée pour le reste de la jour­née, du moins jusqu’à la fin de soi­rée…

Un peu avant de se cou­cher, après la lec­ture d’un mes­sage laco­ni­que de Liloo…

« Okii !
Bises,
@ + »

et la con­sul­ta­tion d’autres, notre scri­bouillard retrouva un sem­blant de sep­tième ciel grâce au der­nier : le rédac­teur en chef du jour­nal anglais pour lequel il était cor­res­pon­dant, lui pro­po­sait de rem­pla­cer un jour­na­liste sur la cou­ver­ture du pre­mier show que devait don­ner mis­ter Jack­son. Cela sous-enten­dait un billet gra­tuit. Il ne se fit pas prier et répon­dit immé­dia­te­ment par la posi­tive.

Ainsi, aussi sou­riant que s’il avait été invité à se ren­dre à une soi­rée pré­si­dée par la reine d’Angel­terre, gri-gri rejoi­gnit la dimen­sion de Mor­phée sur un petit nuage…

« I said i will come back ! » résonne dans la brume.

L’humain sur­saute, puis se sent pétri­fié. Des bruits de pas cou­rant bruis­sent à leur tour. Quand Greendle retrouve l’étin­celle pour se mou­voir, un dia­blo­tin prend forme devant lui, en lieu et place d’une tran­che de vapeur.

- I said i will come back ! déclare-t-il vic­to­rieux, avec le ton et la manière, four­che à la main ten­due vers le haut.

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© Pas­cal Lama­chère – avril-août 2009


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samedi, avril 18 2009

Chapitre 2 – Au-delà de la brume - Suite 5 du roman à suivre 'Les pages déchirées' (partie 6)





Cha­pi­tre 2 - Au-delà de la brume

Greendle passa deux jours à se plon­ger dans un tra­vail inten­sif, plus qu’il ne l’avait prévu. Entre entre­tiens, pho­tos, rédac­tion et aide à appor­ter à ses col­lè­gues pour cause de réduc­tion d’effec­tifs, il avait mis de côté ses échan­ges avec Liloo et il avait oublié l’étran­geté de ses der­niers rêves, jusqu’à ce qu’il déam­bule dans la petite rue Léon Gam­betta…

L’air s’était rafraî­chie, les nua­ges dans le ciel étaient d’un gris très som­bre, cap­tu­raient la lumière comme un filet de pêche aux mailles ser­rées tiré dans un océan de gros pois­sons. Mal­gré cette atmo­sphère annon­cia­trice de gibou­lées de mars très très en retard, notre anglais, « emmi­tou­flé » dans sa veste en cuir, avait voulu faire un tour sur les ber­ges de la Garonne après une jour­née haras­sante et avait dirigé ses pas en con­sé­quen­ces. Mais un abat de fins pro­jec­ti­les gla­cés eut rai­son de sa soif de bouillons flu­viaux et il choi­sit de se « réfu­gier » dans le cyber de la rue. Il le fit d’un pas non­cha­lant, pen­dant que les rares per­son­nes n’étant pas encore à se sus­ten­ter se mirent à cou­rir. Comme si leurs esto­macs criaient famine et qu’elles s’en trou­vaient en dan­ger de mort, elles lui sem­blè­rent sau­ter et se pré­ci­pi­ter à la manière des pira­tes de son rêve. Dans la fou­lée, les tam­bours des cieux rai­son­nè­rent et un éclair les brisa. Dans cet élan sur­réa­liste, à tra­vers un cha­pe­let de grê­lons éclai­rés, Greendle crut aper­ce­voir un dia­blo­tin fami­lier en train de lever le poing au ciel. Il tres­sauta, secoua la tête et péné­tra dans un air chauffé par les humains et les machi­nes.

Le cyber était pres­que bondé. Il lui fal­lait atten­dre un peu avant d’avoir une place parmi la tren­taine de pos­tes. Le pho­to­gra­phe-repor­ter en pro­fita pour appré­cier l’éclai­rage légè­re­ment tamisé, obser­ver les gens en train de vaquer à leurs « occu­pa­tions élec­tro­ni­ques » et détailler le décor… Au fond de la salle, une affi­che (scot­chée con­tre une sépa­ra­tion en con­tre­pla­quée posée entre deux ordi­na­teurs) attira par­ti­cu­liè­re­ment son atten­tion. Titrée Les Pira­tes de l’espace en con­cert, il eut du mal à en croire ses yeux. Avait-il fait un sem­blant de rêve pré­mo­ni­toire ? Une sim­ple coïn­ci­dence ? Sa sou­ris se ren­dit sur leur mys­pace, une fois devant un ordi­na­teur. La musi­que qui entra dans ses oreilles fut plus soft que ce à quoi il s’était attendu avec un tel nom. Ses doigts enre­gis­trè­rent dans l’agenda le lieu et la date du show, puis con­sul­tè­rent ses mails. Liloo n’avait rien écrit. Greendle cla­viarda quel­ques mots pour l’infor­mer qu’il avait passé deux jour­nées fol­les, qu’il envi­sa­geait d’aller à un con­cert d’un groupe de rock fran­çais dans quel­ques jours et qu’il serait pro­ba­ble­ment très occupé le reste du temps, en grande par­tie à cause de l’épée de Damo­clès de la crise éco­no­mi­que que le direc­teur de la rédac­tion avait fina­le­ment laissé tom­ber sur le jour­nal.

Après avoir envoyé le mes­sage, le geek se ren­dit compte que son ven­tre récla­mait de l’essence de vie. Il regarda par la fenê­tre. Il fai­sait tou­jours aussi som­bre mais il n’y avait plus qu’une pluie fine à venir titiller les bri­ques, les têtes métal­li­sées et le bitume. Il se leva d’un geste vif, vêtit sa veste, sor­tit de sa besace de quoi payer l’accueillante asia­ti­que à l’entrée. Greendle des­serra ses dents pour lui offrir un sou­rire un peu bêta tout en ver­sant dans sa main la somme qu’elle lui avait deman­dée avec un accent exo­ti­que.

- Au… au r’voir ! bal­bu­tia timi­de­ment l’anglais avec son accent.

- See you soon ! Take care with this wea­ther ! rebon­dit la jeune employée qui avait levé la tête pour le regar­der droit dans les yeux, tout en ran­geant la mon­naie.

- Sa… Sayô­nara ! répon­dit radieux l’ama­teur de lan­gues qui som­meillait en lui, sou­hai­tant aussi et sur­tout ren­dre la faveur de la jeune femme en s’expri­mant à son tour dans sa lan­gue mater­nelle.

- Hihi­hihi… i’m not Japa­nese ! Hihi­hihi… expli­qua-t-elle entre deux rires cris­tal­lins.

La jeune femme s’excusa et s’apprêta à répon­dre à l’inter­ro­ga­tion faciale de son inter­lo­cu­teur, mais un client pressé se mani­festa. La voyant se détour­ner, l’anglais prit congé en dis­si­mu­lant assez mal un air con­trit nais­sant. Lorsqu’il passa la porte, une voix fémi­nine lui sou­haita une bonne soi­rée. Il ne se retourna pas et s’engouf­fra dans l’écume des nua­ges sans ajou­ter mots.
En route vers son « Home, Sweet Home », le lord dut essuyer un bref redou­ble­ment d’averse, des écla­bous­su­res de voi­tu­res et de camion­net­tes. Mouillé du bout des pieds à la pointe des che­veux, la porte de son chez-lui fran­chie, il ferma les volets, mit un cd de Craig Arm­strong, se désha­billa, prit une dou­che bien chaude et, une fois séché, vêtit son pei­gnoir et des pan­tou­fles. Le reste de la soi­rée fut con­som­mée entre un menu réchauffé, des tran­ches de pages de L’Homme qui rit et des pages d’un car­net, à peine entamé jus­que-là, qu’il noir­cit de pay­sa­ges let­trés au pas­sage de son calame doré. Il y pei­gnit un début de conte sur une gre­nouille vivant sur les ber­ges du canal du midi…

Lorsqu’il res­sen­tit le poids de la fati­gue sur ses mains, Greendle laissa choir sa plume, fit naî­tre le voile de la nuit, s’allon­gea et se laissa enva­hir par la sym­pho­nie plu­vieuse sur la bar­que des rêves.

« Nua­ges gris,
Soleil noc­turne,
Quel­ques maux enfouis
dans l’Urne
d’un magi­cien
non Humain
resur­gis­sent
au détour
d’une âme créa­trice
pié­gée dans un four… »

Cette nuit-là, le rêveur explora des son­ges plus inso­li­tes que jamais. Il com­mença par rêver qu’il se trou­vait aux côtés de Michael Jack­son, dans l’O2 Arena de Lon­dres, le jour de la pre­mière du come back de la star. Aux pre­miè­res paro­les d’Heal The World, Greendle se retrouva face à une mon­ta­gne incon­nue, sur une terre en train de trem­bler. Aux pre­miers signes d’érup­tion, une brume se forma autour de lui, mais le décor ne chan­gea pas immé­dia­te­ment. Petit à petit, la mon­ta­gne se liqué­fia, son odo­rat fut titillée par une odeur âcre, deux bâti­ments en feu pri­rent forme et…

- Sau­vez-moi ! Sau­vez-nous ! Par ici ! En haut !

Greendle ne sut où don­ner de la tête. Il avait le tour­nis et ne savait plus dis­tin­guer le haut du bas, la gau­che de sa droite. Fina­le­ment, il se diri­gea à l’ins­tinct et… il se fit hap­per par un tour­billon orange. Quand il fut en mesure d’avoir l’esprit clair, que le pay­sage fut posé, il ne put bou­ger, enfermé dans une bulle trans­lu­cide au-des­sus d’un gouf­fre infini. Il assista en spec­ta­teur à une drôle de scène. Cerise sur la bizar­re­rie, bien qu’il se sen­tit étran­ger, non con­cerné, il avait la sen­sa­tion de savoir, de con­naî­tre…

… Corian­the con­tem­ple le vide. En met­tant de côté tout un tas de dif­fé­ren­ces fonc­tion­nel­les, inté­rieu­res, non visi­bles dans cette posi­tion, elle res­sem­ble à une humaine cos­tu­mée et gri­mée pour une « soi­rée dépa­reillée » : une robe marine por­tée du men­ton aux che­villes avec un cou­vre chef en forme de cha­peau de magi­cien cou­leur sang. Mais ce n’en est pas une. C’est une Mon­dine. Sa « robe » et son « cha­peau » sont une par­tie de sa chair, ce qu’elle tient entre les mains est son coeur sur lequel sont plan­tés ses yeux, son nez est très fin, ses oreilles ron­des, son teint de peau passe par tou­tes les cou­leurs de l’arc-en-ciel en fonc­tion de son humeur… Et, à cet ins­tant, elle est des plus mélan­co­li­ques.
Entre sacri­fice et tra­hi­son, le che­min de cette créa­ture l’a menée face à ce pré­ci­pice. Elle n’a plus le choix. Il lui faut plon­ger dans l’abîme. Elle y a été con­dam­née. Elle ne peut y échap­per. Une perle bleue s’extirpe de la masse argen­tée qui trône dans la paume de ses mains join­tes ; la pre­mière et der­nière larme de son coeur de Mon­dine. Elle espère que, mal­gré tout ce qu’elle a fait, elle sera sau­vée pen­dant son saut, qu’elle obtien­dra rédemp­tion, qu’un valeu­reux Mon­din vien­dra lui offrir une chance d’arran­ger l’irré­pa­ra­ble.
Les jam­bes de Corian­the fré­mis­sent. Elles sont l’antre, le seuil de ses pou­mons. Elle a pris une der­nière bouf­fée, « pour la route ». Son « cha­peau » tourne un ins­tant, elle lâche la masse argen­tée et saute…

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© Pas­cal Lama­chère – avril 2009


mardi, février 24 2009

Le tique d'Éros ou la volupté du ciel


Bien que cela reste suggestif, certaines « scènes d’amour » du texte, du « conte érotique » dont il est question sont susceptibles d’heurter la sensibilité de jeunes lecteurs. Aussi, j’ai protégé son accès par un mot de passe qu’il vous faut me demander via le formulaire de contact (cliquez ici).

Une fois que vous aurez ce mot de passe, il vous suffira de l’entrer à l’url, l’adresse donnée (ou cliquez ici pour accéder à la page).

@ peluche
Pascal

mardi, février 3 2009

Marina, une Libellule rêveuse qui encre et ancre des nuages avec sa voix


Quand une petite brindille pousse sur les nuages à la lueur de la valse de la fleur de feu et des étoiles, s’y greffent des ailes et elle devient libellule en les déployant… et elle nous offre un magnifique premier clip (pour le « visualiser » et l’écouter cliquez sur le « cadre vidéo » ci-dessus ou sur la petite flèche du lecteur).

Quant à son cd… Rares sont les artistes dont j’apprécie toutes les chansons sur un album. J’en écoute même parfois en fond sonore sans y prêter plus d’attention. Ici, sur aucun morceau cela n’a été le cas. J’ai été captivé tout le long. Tout en ayant une unité « aérienne » animée par une délicieuse brise fraîche, chaque morceau chanté est suffisamment différent pour apporter une tige de coton comestible à l’édifice savoureux qu’est Libellule. Ange sur le nuage, les textes sont profonds, poétiques, les musiques, les mélodies sont comme des vagues qui portent divinement à nos rives son souffle, son grain de voix…

Je pourrais user des superlatifs à vous en faire une indigestion (imaginez que cela sorte ensuite par vos yeux…), détailler son album, expliquer avec verve pourquoi vous devriez donner une chance aux autres morceaux si vous n’êtes pas sensible à celui du clip (Tout me revient), mais comme tous les goûts sont dans la nature, plus que de longs discours, je vous invite à découvrir des extraits de son album sur la page amazon qui lui a été consacrée et à visiter sa page myspace où vous pourrez écouter des morceaux qui ne sont pas sur son album. Et si ça ne fait pas mouche à vos sens comme aux miens, si ça ne vous fait pas vibrer, n’émoustille pas les papilles de vos oreilles jusqu’à votre for intérieur, ben… tant pis !


* Libellule – cliquez ici pour voir, écouter des extraits du premier album de Marina


* Cliquez ici pour accéder au myspace officiel de Marina

@ peluche, @ dans quelques jours avec un nouveau jeu d’écriture

P.S : et vous/toi, quel est votre/ton écoute coup de coeur du moment ?


P.-P.-S : Edition du 6 avril 2009 : Si vous voulez profiter du plaisir d’écoute sur la « page-article » de ce blog, déguster ses chansons en entier, voici le Juke-Box de l’album Libellule de Marina :


P.-P.-P.-S : Agenda des concerts de Marina en avril :

Le 9 avril 2009 – Lyon - Le Sirius
Le 22 avril 2009 – Bordeaux - Rock School Barbey
Le 28 avril 2009 - Nantes - Live Factory - (concert annulé)
Le 29 avril 2009 – Rennes - Le sablier