Blog littéraire, artistique de Pascal Lamachère

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mardi, août 25 2009

Roman à suivre 'Les pages déchirées' - Suite 6 (partie 7)





La mon­dine bas­cule de telle sorte qu’elle est dos au vide. Un cer­cle noir com­posé de gelées s’est formé autour. Le temps sem­ble s’être sus­pendu, ou plu­tôt le corps de la créa­ture au-des­sus du vide. Elle « pro­fite » de cet ins­tant de répit pour ouvrir ses mains comme pour une obole. La masse argen­tée pal­pite et scin­tille vert, les glo­bes ocu­lai­res au bout de fila­ments sui­vent le rythme des ondu­la­tions. Greendle se sent attiré, aspiré par les tré­fonds, les abî­mes con­te­nus dans ce drôle de regard. Il a l’impres­sion de quit­ter son corps, que son âme s’engouf­fre dans une brè­che lumi­neuse-bru­meuse et se perd dans celle de Corian­the. Dans la fou­lée impal­pa­ble, les lois de la gra­vi­ta­tion ont de nou­veau cours, le cer­cle noir monte, fuse et devient une sphère, un tapis d’obsi­dien­nes qui épouse les con­tours de la bulle trans­lu­cide de l’humain. Elle se con­tracte et…

- Noon !! se prit à crier Greendle en se réveillant… aux pieds du lit, une dizaine de minu­tes avant que son réveil n’ouvre les écou­tilles musi­ca­les. 

L’explo­ra­teur de rêves resta un ins­tant comme sonné, allongé sur le flanc droit, sans draps pour le cou­vrir, nu. Un arrière goût amer sem­bla s’entê­ter à le trou­bler. Il ne sut si c’est parce qu’il n’avait pu agir dans son rêve et s’était trouvé spec­ta­teur d’un drame, si c’est parce qu’il était tombé et n’avait pas bien dormi ou si c’est parce que des désa­gréa­bles pans de son passé avaient res­surgi. Il se hâta d’ancrer avec la plume dorée les bri­bes, tenta de gar­der le fil, de le retrou­ver jusqu’à ce qu’il ait le sen­ti­ment d’avoir réu­nie toute l’écume de l’uni­vers des esprits de cette nuit.

Notre jeune anglais pour­sui­vit son « rituel mati­nal ».

Face à l’ordi­na­teur, il savoura un mail de Liloo : quel­ques vers ami­caux à son inten­tion accom­pa­gnés d’une invi­ta­tion à se ren­con­trer à un con­cert de leur étoile chan­teuse com­mune.

 « … En par­lant de con­cert, je me suis dis qu’on pour­rait se retrou­ver à un des con­certs de Michael ? J’ai réussi à avoir un billet pour la pre­mière, mais je puis le reven­dre et en ache­ter pour une autre. Tu me feras visi­ter Lon­dres ? Je pour­rais peut-être ensuite venir quel­ques jours à Tou­louse, si tout se passe bien !

Ton amie,
Liloo »

Greendle lâcha un « Yes ! » de joie et se dode­lina sur sa chaise. Trop timoré, bien qu’il la savait aussi fan de bambi, il n’avait pas osé lui pro­po­ser cette pos­si­bi­lité, ni même tout sim­ple­ment l’invi­ter. Il s’empressa de lui répon­dre qu’il s’en fai­sait une joie, qu’il se débrouille­rait pour trou­ver un billet de con­cert le même jour, voire deux côte à côte, et qu’il lui con­coc­te­rait un séjour lon­do­nien de rêve.

Impré­gné de bonne humeur, il enleva sa che­mise noire, vêtit une jaune canari à la place et « oublia » sa veste en cuir lorsqu’il quitta les lieux d’un pas guille­ret. La suite de la jour­née ne fut pas en reste de sur­pri­ses, bon­nes, mau­vai­ses ou juste… sur­pre­nan­tes.

Sur le che­min d’un repor­tage autour des artis­tes de rue, aux bords d’une berge du canal du midi, le pho­to­gra­phe-repor­ter crut hal­lu­ci­ner lorsqu’une gre­nouille s’étala sur sa galo­che gau­che…

- Oh my god ! Qu’est-ce qui t’arrive ? C’est un fran­çais qui te course, pour que tu fas­ses pas atten­tion où tu bon­dis ? ou une prin­cesse à croi­ser ta mire ?

… et encore plus lorsqu’il se prit à lui faire à peu près la même con­ver­sa­tion que celle qu’il avait écrite la veille et qu’il eut l’impres­sion de com­pren­dre ses « coa ! ». Il secoua la tête, se pinça, invita gen­ti­ment l’amphi­bien à aller voir ailleurs et remit un pied devant l’autre. Il accé­léra le pas lorsqu’il enten­dit de nou­veaux coas­se­ments.

Cette étrange scène aurait pu lui faire l’effet d’une gau­driole du des­tin, si ce n’est le carac­tère légè­re­ment effrayant à ses yeux de vivre une scène qu’il avait ima­giné. Greendle éprouva d’ailleurs le besoin d’en par­ler à un col­lè­gue ami, au dîner, dans une bras­se­rie en face de la place du Capi­tole, sous les arca­des en bri­que ocre.

- Gri-gri, c’est une syn­chro­ni­cité de Jung. C’est un sujet très inté­res­sant, mais te prends pas la tête des­sus. Même si tu sais faire la part des cho­ses, on peut voir des signes par­tout dès que la cer­velle se met en mode… euh… cor­ré­la­tion, asso­cia­tion… et sur­tout, je pense pas qu’il faille les inter­pré­ter !

- Hmm… tu as rai­son. Mais dis-moi, Lau­rent, y a plu­sieurs types de syn… chro­ni­cité ? demanda Greendle à son pair, l’air un peu ailleurs, le regard dans sa salade de chè­vre chaud, flan­qué de son por­ta­ble à gau­che, au bord de la table.

Lau­rent, un peu plus âgé que notre scri­bouillard, la barbe d’un barou­deur pen­due au visage, s’était pris de sym­pa­thie au point qu’il jouait le rôle de « pro­tec­teur » avec celui qu’il aimait sur­nom­mer son « gri-gri vivant », et de temps en temps « pud­ding exporté » lorsqu’il vou­lait le char­rier. Par­fois un peu trop au goût du gri-gri.

- Euh… non, enfin, pas à ma con­nais­sance. J’ai parlé de syn­chro­ni­cité de Jung parce qu’il a déve­loppé toute une thèse des­sus. D’ailleurs, de ce que je me sou­viens, il lui est repro­ché d’être resté un peu flou. Tu pour­ras en savoir plus sur le net !… lui répon­dit l’ami Lau­rent sur un ton empli de bon­ho­mie à son égard, les yeux vifs tour­nés vers une ser­veuse qui s’était appro­chée d’une table voi­sine occu­pée par un cou­ple de per­son­nes âgées.

Un léger sou­rire amusé se fen­dit sur les lèvres de l’anglais. Il fit un signe de tête entendu, posa les mains sur l’umpc… mais n’alla pas plus loin dans son élan. La télé­vi­sion de l’éta­blis­se­ment avait attiré son atten­tion. Des ima­ges d’un vol­can en érup­tion défi­laient, ainsi que cel­les d’un vil­lage qui avait été dévasté par le déchaî­ne­ment de dame nature et dont quel­ques bâti­ments étaient en feu.
« Comme dans mon rêve… » se dit Greendle dont l’air était devenu grave.

- Gri-gri ?! Tu devrais finir ta salade avant que les vol­cans du Mas­sif Cen­tral ne se réveillent ! Sinon c’est plus du chè­vre chaud que tu vas man­ger mais… com­mença à taqui­ner son com­parse.

- C’est juste une nou­velle… truc de Jung ! coupa le rêveur, agacé, le regard lourd de repro­ches.

Lau­rent fut décon­te­nancé et se con­tenta d’haus­ser les épau­les, pour toute com­mu­ni­ca­tion, avant de se tour­ner vers la ser­veuse et de lui deman­der l’addi­tion, tout sou­rire. Greendle, dont l’assiette n’était qu’à moi­tié enta­mée, n’y prê­tait déjà plus atten­tion, la tête levée pour voir la suite et fin du « repor­tage sen­sa­tion­nel » qui se clô­tura sur une jeune femme entou­rée de flam­mes et con­trainte de sau­ter entre un plan­cher cramé. Là encore, le « pud­ding exporté » fit le paral­lèle avec son rêve, et sa bonne humeur fut ache­vée pour le reste de la jour­née, du moins jusqu’à la fin de soi­rée…

Un peu avant de se cou­cher, après la lec­ture d’un mes­sage laco­ni­que de Liloo…

« Okii !
Bises,
@ + »

et la con­sul­ta­tion d’autres, notre scri­bouillard retrouva un sem­blant de sep­tième ciel grâce au der­nier : le rédac­teur en chef du jour­nal anglais pour lequel il était cor­res­pon­dant, lui pro­po­sait de rem­pla­cer un jour­na­liste sur la cou­ver­ture du pre­mier show que devait don­ner mis­ter Jack­son. Cela sous-enten­dait un billet gra­tuit. Il ne se fit pas prier et répon­dit immé­dia­te­ment par la posi­tive.

Ainsi, aussi sou­riant que s’il avait été invité à se ren­dre à une soi­rée pré­si­dée par la reine d’Angel­terre, gri-gri rejoi­gnit la dimen­sion de Mor­phée sur un petit nuage…

« I said i will come back ! » résonne dans la brume.

L’humain sur­saute, puis se sent pétri­fié. Des bruits de pas cou­rant bruis­sent à leur tour. Quand Greendle retrouve l’étin­celle pour se mou­voir, un dia­blo­tin prend forme devant lui, en lieu et place d’une tran­che de vapeur.

- I said i will come back ! déclare-t-il vic­to­rieux, avec le ton et la manière, four­che à la main ten­due vers le haut.

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© Pas­cal Lama­chère – avril-août 2009


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samedi, avril 18 2009

Chapitre 2 – Au-delà de la brume - Suite 5 du roman à suivre 'Les pages déchirées' (partie 6)





Cha­pi­tre 2 - Au-delà de la brume

Greendle passa deux jours à se plon­ger dans un tra­vail inten­sif, plus qu’il ne l’avait prévu. Entre entre­tiens, pho­tos, rédac­tion et aide à appor­ter à ses col­lè­gues pour cause de réduc­tion d’effec­tifs, il avait mis de côté ses échan­ges avec Liloo et il avait oublié l’étran­geté de ses der­niers rêves, jusqu’à ce qu’il déam­bule dans la petite rue Léon Gam­betta…

L’air s’était rafraî­chie, les nua­ges dans le ciel étaient d’un gris très som­bre, cap­tu­raient la lumière comme un filet de pêche aux mailles ser­rées tiré dans un océan de gros pois­sons. Mal­gré cette atmo­sphère annon­cia­trice de gibou­lées de mars très très en retard, notre anglais, « emmi­tou­flé » dans sa veste en cuir, avait voulu faire un tour sur les ber­ges de la Garonne après une jour­née haras­sante et avait dirigé ses pas en con­sé­quen­ces. Mais un abat de fins pro­jec­ti­les gla­cés eut rai­son de sa soif de bouillons flu­viaux et il choi­sit de se « réfu­gier » dans le cyber de la rue. Il le fit d’un pas non­cha­lant, pen­dant que les rares per­son­nes n’étant pas encore à se sus­ten­ter se mirent à cou­rir. Comme si leurs esto­macs criaient famine et qu’elles s’en trou­vaient en dan­ger de mort, elles lui sem­blè­rent sau­ter et se pré­ci­pi­ter à la manière des pira­tes de son rêve. Dans la fou­lée, les tam­bours des cieux rai­son­nè­rent et un éclair les brisa. Dans cet élan sur­réa­liste, à tra­vers un cha­pe­let de grê­lons éclai­rés, Greendle crut aper­ce­voir un dia­blo­tin fami­lier en train de lever le poing au ciel. Il tres­sauta, secoua la tête et péné­tra dans un air chauffé par les humains et les machi­nes.

Le cyber était pres­que bondé. Il lui fal­lait atten­dre un peu avant d’avoir une place parmi la tren­taine de pos­tes. Le pho­to­gra­phe-repor­ter en pro­fita pour appré­cier l’éclai­rage légè­re­ment tamisé, obser­ver les gens en train de vaquer à leurs « occu­pa­tions élec­tro­ni­ques » et détailler le décor… Au fond de la salle, une affi­che (scot­chée con­tre une sépa­ra­tion en con­tre­pla­quée posée entre deux ordi­na­teurs) attira par­ti­cu­liè­re­ment son atten­tion. Titrée Les Pira­tes de l’espace en con­cert, il eut du mal à en croire ses yeux. Avait-il fait un sem­blant de rêve pré­mo­ni­toire ? Une sim­ple coïn­ci­dence ? Sa sou­ris se ren­dit sur leur mys­pace, une fois devant un ordi­na­teur. La musi­que qui entra dans ses oreilles fut plus soft que ce à quoi il s’était attendu avec un tel nom. Ses doigts enre­gis­trè­rent dans l’agenda le lieu et la date du show, puis con­sul­tè­rent ses mails. Liloo n’avait rien écrit. Greendle cla­viarda quel­ques mots pour l’infor­mer qu’il avait passé deux jour­nées fol­les, qu’il envi­sa­geait d’aller à un con­cert d’un groupe de rock fran­çais dans quel­ques jours et qu’il serait pro­ba­ble­ment très occupé le reste du temps, en grande par­tie à cause de l’épée de Damo­clès de la crise éco­no­mi­que que le direc­teur de la rédac­tion avait fina­le­ment laissé tom­ber sur le jour­nal.

Après avoir envoyé le mes­sage, le geek se ren­dit compte que son ven­tre récla­mait de l’essence de vie. Il regarda par la fenê­tre. Il fai­sait tou­jours aussi som­bre mais il n’y avait plus qu’une pluie fine à venir titiller les bri­ques, les têtes métal­li­sées et le bitume. Il se leva d’un geste vif, vêtit sa veste, sor­tit de sa besace de quoi payer l’accueillante asia­ti­que à l’entrée. Greendle des­serra ses dents pour lui offrir un sou­rire un peu bêta tout en ver­sant dans sa main la somme qu’elle lui avait deman­dée avec un accent exo­ti­que.

- Au… au r’voir ! bal­bu­tia timi­de­ment l’anglais avec son accent.

- See you soon ! Take care with this wea­ther ! rebon­dit la jeune employée qui avait levé la tête pour le regar­der droit dans les yeux, tout en ran­geant la mon­naie.

- Sa… Sayô­nara ! répon­dit radieux l’ama­teur de lan­gues qui som­meillait en lui, sou­hai­tant aussi et sur­tout ren­dre la faveur de la jeune femme en s’expri­mant à son tour dans sa lan­gue mater­nelle.

- Hihi­hihi… i’m not Japa­nese ! Hihi­hihi… expli­qua-t-elle entre deux rires cris­tal­lins.

La jeune femme s’excusa et s’apprêta à répon­dre à l’inter­ro­ga­tion faciale de son inter­lo­cu­teur, mais un client pressé se mani­festa. La voyant se détour­ner, l’anglais prit congé en dis­si­mu­lant assez mal un air con­trit nais­sant. Lorsqu’il passa la porte, une voix fémi­nine lui sou­haita une bonne soi­rée. Il ne se retourna pas et s’engouf­fra dans l’écume des nua­ges sans ajou­ter mots.
En route vers son « Home, Sweet Home », le lord dut essuyer un bref redou­ble­ment d’averse, des écla­bous­su­res de voi­tu­res et de camion­net­tes. Mouillé du bout des pieds à la pointe des che­veux, la porte de son chez-lui fran­chie, il ferma les volets, mit un cd de Craig Arm­strong, se désha­billa, prit une dou­che bien chaude et, une fois séché, vêtit son pei­gnoir et des pan­tou­fles. Le reste de la soi­rée fut con­som­mée entre un menu réchauffé, des tran­ches de pages de L’Homme qui rit et des pages d’un car­net, à peine entamé jus­que-là, qu’il noir­cit de pay­sa­ges let­trés au pas­sage de son calame doré. Il y pei­gnit un début de conte sur une gre­nouille vivant sur les ber­ges du canal du midi…

Lorsqu’il res­sen­tit le poids de la fati­gue sur ses mains, Greendle laissa choir sa plume, fit naî­tre le voile de la nuit, s’allon­gea et se laissa enva­hir par la sym­pho­nie plu­vieuse sur la bar­que des rêves.

« Nua­ges gris,
Soleil noc­turne,
Quel­ques maux enfouis
dans l’Urne
d’un magi­cien
non Humain
resur­gis­sent
au détour
d’une âme créa­trice
pié­gée dans un four… »

Cette nuit-là, le rêveur explora des son­ges plus inso­li­tes que jamais. Il com­mença par rêver qu’il se trou­vait aux côtés de Michael Jack­son, dans l’O2 Arena de Lon­dres, le jour de la pre­mière du come back de la star. Aux pre­miè­res paro­les d’Heal The World, Greendle se retrouva face à une mon­ta­gne incon­nue, sur une terre en train de trem­bler. Aux pre­miers signes d’érup­tion, une brume se forma autour de lui, mais le décor ne chan­gea pas immé­dia­te­ment. Petit à petit, la mon­ta­gne se liqué­fia, son odo­rat fut titillée par une odeur âcre, deux bâti­ments en feu pri­rent forme et…

- Sau­vez-moi ! Sau­vez-nous ! Par ici ! En haut !

Greendle ne sut où don­ner de la tête. Il avait le tour­nis et ne savait plus dis­tin­guer le haut du bas, la gau­che de sa droite. Fina­le­ment, il se diri­gea à l’ins­tinct et… il se fit hap­per par un tour­billon orange. Quand il fut en mesure d’avoir l’esprit clair, que le pay­sage fut posé, il ne put bou­ger, enfermé dans une bulle trans­lu­cide au-des­sus d’un gouf­fre infini. Il assista en spec­ta­teur à une drôle de scène. Cerise sur la bizar­re­rie, bien qu’il se sen­tit étran­ger, non con­cerné, il avait la sen­sa­tion de savoir, de con­naî­tre…

… Corian­the con­tem­ple le vide. En met­tant de côté tout un tas de dif­fé­ren­ces fonc­tion­nel­les, inté­rieu­res, non visi­bles dans cette posi­tion, elle res­sem­ble à une humaine cos­tu­mée et gri­mée pour une « soi­rée dépa­reillée » : une robe marine por­tée du men­ton aux che­villes avec un cou­vre chef en forme de cha­peau de magi­cien cou­leur sang. Mais ce n’en est pas une. C’est une Mon­dine. Sa « robe » et son « cha­peau » sont une par­tie de sa chair, ce qu’elle tient entre les mains est son coeur sur lequel sont plan­tés ses yeux, son nez est très fin, ses oreilles ron­des, son teint de peau passe par tou­tes les cou­leurs de l’arc-en-ciel en fonc­tion de son humeur… Et, à cet ins­tant, elle est des plus mélan­co­li­ques.
Entre sacri­fice et tra­hi­son, le che­min de cette créa­ture l’a menée face à ce pré­ci­pice. Elle n’a plus le choix. Il lui faut plon­ger dans l’abîme. Elle y a été con­dam­née. Elle ne peut y échap­per. Une perle bleue s’extirpe de la masse argen­tée qui trône dans la paume de ses mains join­tes ; la pre­mière et der­nière larme de son coeur de Mon­dine. Elle espère que, mal­gré tout ce qu’elle a fait, elle sera sau­vée pen­dant son saut, qu’elle obtien­dra rédemp­tion, qu’un valeu­reux Mon­din vien­dra lui offrir une chance d’arran­ger l’irré­pa­ra­ble.
Les jam­bes de Corian­the fré­mis­sent. Elles sont l’antre, le seuil de ses pou­mons. Elle a pris une der­nière bouf­fée, « pour la route ». Son « cha­peau » tourne un ins­tant, elle lâche la masse argen­tée et saute…

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© Pas­cal Lama­chère – avril 2009


mercredi, mars 11 2009

Jeu de rôle sur forum Firrriöne ou la Terre de Tolkien, nouvelle introductive

bannière jeu de rôle par forum la Terre de Tolkien


Il était une fois, dans une loin­taine galaxie…

« Attends, grand Pah ! Si l’his­toire se déroule sur la pla­nète où l’on va aller, elle ne se trouve pas dans une galaxie loin­taine, non ? »
« Je suis d’accord avec Tibon, le début est nul ! »
« Les enfants ! Lais­sez Pah con­ter l’his­toire ! »
« Merci Luna. Tibon, Veline, j’aurais pu adap­ter cette his­toire à votre géné­ra­tion, mais com­pre­nez qu’il s’agit de se met­tre à la place de ceux qui atten­daient que les éclai­reurs revien­nent de plu­sieurs galaxies ! Bon, je reprends… »

Il était une fois, dans une loin­taine galaxie, une expé­di­tion humaine com­po­sée des vais­seaux spa­tiaux Sky­wal­ker 6, Pot­ter 7, Sda 3, Dis­que Monde 36 et Kok 1. Depuis Terra Octa, l’expé­di­tion avait tra­versé le cen­tre de l’uni­vers, le voile rouge du cen­taure, la galaxie gelée de Vela­nore la bleue, avait réussi à évi­ter de peu l’attrac­tion des cra­tè­res for­més par les galaxies jume­lées bap­ti­sés les Mires

« Bip ! Firr­riöne moins 45 bat­te­ments ! »

Lou lança un regard atten­drit et fit un petit signe de la main vers sa petite famille réu­nie sur un fau­teuil en forme d’étoile, dans une pièce ovale trans­lu­cide. Bien qu’il n’était pas tech­ni­que­ment utile, le com­man­dant de la navette devait être pré­sent à l’arri­vée. Celui-ci était resté debout, près de l’entrée, et n’avait que quel­ques pas à faire et un élé­va­teur à pren­dre pour se retrou­ver dans la salle des navi­ga­teurs-ser­veurs-androï­des où les rôles et les tâches s’effec­tuaient et se chan­geaient en fonc­tion d’un plan­ning écrit au bat­te­ment près, avec un sur­plus d’effec­tif dédié à « l’impré­vi­si­bi­lité humaine ». Seul le rôle de Lou n’était pas inter­chan­gea­ble. Pour la sta­gna­tion (équi­va­lent de l’atte­ris­sage) le pro­to­cole exi­geait la pré­sence d’un humain à qui le rôle avait été con­fié et enre­gis­tré dans la base de don­nées. Si jamais il avait trouvé la mort avant de rem­plir son rôle, la navette se ser­rait mise à l’arrêt le temps que les auto­ri­tés com­pé­ten­tes enre­gis­trent un nou­veau res­pon­sa­ble.

Pour­quoi un être humain est-il indis­pen­sa­ble pour l’arri­vée ? Allez deman­der cela à l’équi­page test du nou­veau pro­to­cole qui devait démon­trer que cette étape, entre autre, était inu­tile, que les ordi­na­teurs pou­vaient juger par eux-mêmes si suf­fi­sam­ment bien pro­gram­més. Seu­le­ment, vous ne pour­rez inter­ro­ger que la copie de leurs cons­cien­ces avant le moment fati­di­que. Ils ont tous trouvé la mort en atter­ris­sant dans un lieu mal­famé. Même pas à cause de pira­tes de l’espace qui les auraient pris par sur­prise. Non. Ils s’étaient retrou­vés dans un lieu peu­plé par une espèce de mou­tons noirs qui s’étaient avé­rés être des car­ni­vo­res plus dan­ge­reux et plus effi­ca­ces que des lions affa­més cou­plés à des piran­has. Un com­man­dant humain bien formé aurait inter­dit l’appro­che sans s’être assuré que ces créa­tu­res ne repré­sen­te­raient aucun dan­ger. Le cer­veau infor­ma­ti­que les avait pri­ses pour des mou­tons de Terra Prima bour­rés de méla­nine et n’avait pas cher­ché plus loin. Le pro­gram­ma­teur, après s’être excusé, avait pro­posé d’affû­ter son pro­gramme, mais suite à ce drame ses détrac­teurs ont eu gain de cause : pour­quoi rem­pla­cer un homme qui fera tou­jours par­fai­te­ment son tra­vail, avec un ris­que 0 si bien épaulé par la tech­no­lo­gie qu’il a à dis­po­si­tion ?

Lou avait donc quitté les siens en cou­rant pour faire son der­nier devoir au cours du voyage entre­pris une année humaine aupa­ra­vant, 7 années après le pre­mier con­tact avec les firr­riö­nei­mos. Lors de sa sélec­tion en tant que com­man­dant pour ce voyage, et pen­dant sa for­ma­tion, sa curio­sité avait été émous­tillée au point qu’il aurait posé les pieds même s’il y avait un nid de Pira­tons (les créa­tu­res qui avaient été pri­ses pour des mou­tons noirs).
En pre­mière « décou­verte annon­cée et atten­due », au moment où il mit les pieds dans la salle des navi­ga­teurs-ser­veurs-androï­des, la navette tra­versa le voile de brume qui entou­rait la pla­nète et englo­bait pres­que la moi­tié de cette galaxie. Un espace blanc cré­meux s’éten­dit à perte de vue, les étoi­les se dis­tin­guè­rent à peine et même les yeux les plus acé­rés ne purent jurer qu’il y avait un uni­vers vaste au-delà. Étant donné qu’aucun ins­tru­ment de mesure humain n’avait pu cap­ter cette par­tie blan­che de l’uni­vers, et étant donné les décou­ver­tes fai­tes sur Firr­riöne, ce phé­no­mène avait trouvé une expli­ca­tion magi­que au sein des bou­ches et des cer­veaux aussi bien vivants qu’infor­ma­ti­ques.

Le com­man­dant se trouva main­te­nant face à une vue miri­fi­que de la pla­nète ter­mi­nus. Il savoura ces quel­ques ins­tants, le cham­bou­le­ment créé par des efflu­ves magi­ques dan­sant autour de son corps puis tra­ver­sant les pores de sa peau. Il fris­sonna et épous­seta fiè­re­ment sa tuni­que océane aux épau­let­tes étoi­lées. Il se trou­vait à des cen­tai­nes de mil­lions d’années lumière de ce que ses pairs pen­saient être la pla­nète de l’ori­gine humaine et se trou­vait à la fois insi­gni­fiant et ouvert à un pou­voir sans bor­nes. L’ima­gi­na­tion de ses ancê­tres n’étaient-ils que des relents d’une réa­lité qu’ils avaient jadis effleu­rée grâce à leur sixième sens et dans laquelle ils bai­gnaient à pré­sent ? Sur­nom­mer Firr­riöne la Terre de Tol­kien était un de ces hom­ma­ges ren­dus his­toire de par­ta­ger la décou­verte avec leur mémoire. En y repen­sant, Lou se féli­cita d’avoir voté pour.

La vague de plai­sir passa et les impé­ra­tifs rap­pe­lè­rent à l’ordre le nou­veau magi­cien : il avait attiré dans sa main un verre de jus de pirias qui trô­nait sur le pla­teau-main d’un ser­veur pen­dant que le mes­sage « Ordre à don­ner » cli­gno­tait sur le devant trans­lu­cide du cock­pit.
 
« Ova ? Affi­che-moi notre lieu d’atte­ris­sage ! »

La carte de la pla­nète s’affi­cha puis laissa place à la carte du con­ti­nent et enfin un zoom fut fait sur une cité jusqu’à ce qu’une infra­struc­ture prenne toute la place. Lou cons­tata que tout était « nor­mal » et le dra­peau blanc était hissé au som­met du bâti­ment qui devait les accueillir.

« Ova, je cer­ti­fie que la sta­gna­tion peut débu­ter ! »

Ova, l’ordi­na­teur vigile avancé, lui demanda d’appo­ser son front con­tre le scan­ner de neu­ro­nes. Lou avait déjà entamé le geste et le laser fit aus­si­tôt son oeu­vre. Il avait hâte de se dégour­dir les jam­bes sur cette terre… et de décou­vrir quel serait son second pou­voir. D’après les témoi­gna­ges recueillis, chez les adul­tes le second pou­voir se mani­fes­tait quel­ques bat­te­ments après avoir res­pi­rée la pla­nète. Plus que 2 bat­te­ments et cela serait pos­si­ble…

Il était une fois une pla­nète où la magie était aussi pré­sente que l’air dans les pou­mons d’un vivant, une pla­nète où se côtoyaient des tech­no­lo­gies dites pri­mi­ti­ves et des tech­no­lo­gies de l’ère bap­ti­sée l’âge d’Isaac Asi­mov ou plus com­mu­né­ment l’âge sf, une pla­nète où se tra­mait depuis la nuit des temps la des­ti­née du grand tout dans l’ombre du big-bang, dans l’ombre des étoi­les de l’uni­vers connu…
Il était une fois une pla­nète où moult guer­res épi­ques en avaient fait explo­ser des mor­ceaux, une pla­nète où, au prix de la désin­té­gra­tion de quel­ques « pre­miers », un mel­ting-pot de créa­tu­res fée­ri­ques et démo­nia­ques avaient finies par trou­ver une paix pré­caire sur la majo­rité de sa sur­face (du moins ce qu’en avaient déduit les « étu­diants »)… La venue des vais­seaux avait cham­bou­lées les for­ces en pré­sence et les « gar­diens » avaient dû faire face à l’écume de trou­bles, suf­fi­sam­ment con­te­nus pour être cachés de la con­nais­sance des « sur­veillants » humains.

La suite, l’his­toire à venir des êtres vivants de cette pla­nète fut écrite par cha­cun, anciens et nou­veaux… Y pren­drez-vous part ?

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