photographie de feu d'artifice du 14 juillet 2008 à Toulouse, tiré depuis la prairie des filtres

Il était une fois, dans un siè­cle loin­tain, Euterpe et Ura­nie…

Pri­ses par une eupho­rie mutine, le long de l’allée cen­trale du jar­din céleste, elles s’amu­saient avec l’arc d’Apol­lon enfant…

Elles com­men­cè­rent par jouer avec des bran­cha­ges trem­pés au préa­la­ble dans la grande fon­taine du milieu, la source de vie. Une fois les feuilles bien imbi­bées, Ura­nie les embrasa à la manière des étoi­les, Euterpe insuf­fla la nais­sance d’une mélo­die, de l’étin­celle à cha­que sou­bre­saut des flam­mes.

Pen­dant ce temps, leur demi-frère, allé faire une autre polis­son­ne­rie, avait eu assez de grains pour reve­nir, mais il les observa sans cher­cher à les répri­man­der. Et même, quand elles se mirent à déco­cher plus haut, à maî­tri­ser leur art dans ce petit jeu, à faire fré­mir l’air de notes enivran­tes, à diver­si­fier les for­mes et user tou­tes les cou­leurs de l’arc-étoile, à ne faire plus qu’une, il y ajouta l’objet de son lar­cin : les fou­dres de Zeus.

Il en résul­tat un faux big-bang en accé­léré, la nais­sance de faus­ses galaxies… à en faire pâlir de jalou­sie le soleil qui, jusqu’alors, était le seul à briller avec autant de flam­boyance dans l’infini empri­sonné entre les murs de la Voie lac­tée. D’ailleurs, au paroxysme de « l’évé­ne­ment », le con­duc­teur du char de la fleur de feu prit ombrage, s’arrêta… et, peu après les der­niers relents, la der­nière écume arti­fi­cielle, il finit par s’éva­nouir dans le néant d’un trou noir.

Ce ram­dam n’échappa évi­dem­ment au maî­tre des lieux qui mit toute la faute sur celui qui allait deve­nir Phé­bus et avoir la tâche d’ame­ner au bon ciel le char. Mais ceci est une autre his­toire, et dans celle qui nous inté­resse, l’impor­tant est que des humains de la terre de Chine eurent la chance d’assis­ter au spec­ta­cle divin depuis les tré­fonds de leurs noi­set­tes bri­dées…
Ils ten­tè­rent de le repro­duire, mais durent faire des com­pro­mis à cause de leur sauce limi­tée, et ce mal­gré le con­cours mur­muré des muses venues les visi­ter ; les deux du pre­mier feu d’arti­fice avec de temps à autre cer­tai­nes de leurs soeurs avi­des de nou­vel­les créa­tions et de faire au mieux avec les « moyens du bord », tout en les déve­lop­pant.

Bien que la capa­cité soit deve­nue à notre por­tée, la per­fec­tion ori­gi­nelle ne fût cepen­dant pas retrans­crite et tomba petit à petit dans l’oubli, à moins qu’un jour un ins­piré arrive à s’ouvrir tota­le­ment aux paro­les d’Euterpe et d’Ura­nie… et que Phé­bus obtienne clé­mence et qu’il lui soit trouvé un rem­pla­çant.

Tou­jours est-il que les con­teurs, les artis­tes, les voya­geurs et les scien­ces bou­geant, évo­luant sous les effets de chro­nos, l’engoue­ment tou­cha de nom­breu­ses cul­tu­res, le feu arti­fi­ciel fût décliné et la rela­tive per­fec­tion humaine fût atteinte à de main­tes repri­ses…

C’est ainsi qu’une belle soi­rée de 14 juillet 2008, sur les ber­ges de la Garonne, en marge de la prai­rie des fil­tres…

Une myriade d’étoi­les dans le ciel,
aussi éphé­mè­res qu’une filante,
aussi éblouis­san­tes qu’une nova,
aussi fré­tillan­tes qu’un lézard,
aussi ébau­bis­san­tes qu’une aurore boréale,
aussi bruyan­tes que le feu au pou­dre du canon,
aussi mélo­dieu­ses que les flots qui s’écu­ment,
aussi uti­les, pal­pa­bles et réel­les qu’une pen­sée exis­ten­tielle,
aussi épar­ses que des tou­ches de pein­ture lan­cées par une main de maî­tre…

… écla­tè­rent et enivrè­rent la mire au rythme d’une sym­pho­nie, jusqu’à la lie du final, pour peu qu’elle y ait été « sen­si­ble ».

© Pas­cal Lama­chère - Juillet 2008

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